Le gouvernement remet sur la table une réforme déjà explosive : celle de l’assurance-chômage. Moins d’un an après la signature d’un accord censé encadrer le système, la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, annonce un nouveau tour de vis. En ligne de mire : les ruptures conventionnelles, jugées trop nombreuses, et un régime d’indemnisation encore trop généreux aux yeux de l’exécutif. L’argument avancé est budgétaire, mais aussi idéologique : inciter davantage à l’emploi en durcissant les conditions d’accès à l’indemnisation.
Un régime jugé trop souple face à un marché sous tension
Avec plus de 450 000 postes non pourvus, selon le ministère, la France garde un taux de chômage supérieur à la moyenne européenne, malgré une croissance ralentie. La ministre l’assure : il ne s’agit pas de remettre en cause le droit à un filet de sécurité, mais de corriger des « abus ». Trois leviers sont envisagés : l’allongement de la durée d’affiliation requise pour ouvrir des droits, la réduction de la période d’indemnisation, et le durcissement de l’accès au chômage après une rupture conventionnelle. C’est ce dernier point qui cristallise les tensions. Entre licenciement déguisé pour les employeurs et démission masquée pour les salariés, la rupture conventionnelle est devenue, selon le ministère, un outil de contournement. En 2024, plus d’un demi-million ont été signées. Un record, avec un pic chez les seniors : 25 % des fins de CDI chez les plus de 58 ans passent désormais par ce dispositif. Résultat : suspicion d’optimisation déguisée et volonté d’encadrer plus strictement ces départs concertés.
Des syndicats vent debout face à un projet qu’ils jugent punitif
Du côté des partenaires sociaux, la réaction est immédiate. Pour Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, la réforme envisagée s’apparente à « une punition générale ». Elle dénonce une vision du chômage reposant sur le soupçon, selon laquelle les Français seraient trop protégés et pas assez motivés à travailler. Et elle conteste l’idée que la France serait un paradis social. Si la durée d’affiliation minimale est plus courte qu’en Allemagne ou en Espagne (6 mois sur 24 ou 36 contre 12 sur 30 ou 72), d’autres critères sont, selon elle, plus restrictifs. La durée d’indemnisation, elle, varie de 6 à 15 mois selon les cas, et jusqu’à 27 mois pour les plus de 57 ans. La France n’est pas la plus laxiste, mais reste dans la moyenne haute européenne. Ce qui suffit à nourrir la volonté gouvernementale de resserrer les conditions, malgré l’opposition frontale de la CGT, FO et la CFE-CGC, qui refusent pour l’instant d’entrer dans les discussions. Le débat promet d’être tendu à la rentrée. Car derrière les chiffres, c’est une vision du travail qui s’affronte : celle d’un gouvernement qui veut accélérer la « responsabilisation » des demandeurs d’emploi, et celle de syndicats qui dénoncent une réforme à charge contre les plus fragiles, sur fond de dette publique et de croissance molle. Pour l’heure, toutes les options restent sur la table. Y compris celles qui pourraient profondément redéfinir ce que signifie perdre son emploi en France.