Alerte sur notre artillerie longue portée : la France au bord de la rupture
Alerte sur notre artillerie longue portée : la France au bord de la rupture

Neuf. C’est tout ce qu’il reste à l’armée de terre française en matière de lance-roquettes unitaires (LRU), ces engins capables de frapper à plus de 70 kilomètres. Et selon un rapport parlementaire publié cette semaine, leur obsolescence est imminente. Si rien n’est fait, la France pourrait se retrouver dans une impasse stratégique dès 2027, incapable de répondre à un conflit de haute intensité, faute de puissance de feu à longue portée. Les députés Jean-Louis Thiériot (LR) et Matthieu Bloch (UDR) tirent la sonnette d’alarme dans un document accablant. Alors que la guerre en Ukraine a mis en lumière le rôle central de l’artillerie — responsable, selon eux, de près de 70 % des destructions — la France s’apprête à vivre une rupture capacitaire d’ampleur. Et cette rupture, expliquent-ils, n’a pas été anticipée à temps. La LPM 2024-2030 prévoit bien une cible de 13 systèmes en 2030 et 26 en 2035, mais le calendrier est trop lent. « C’est tard », martèle Thiériot.

Une situation critique, des options limitées

Conçu dans les années 1990 sur une base américaine, le LRU n’est plus maintenu : les pièces détachées se raréfient et les performances ne répondent plus aux exigences modernes. Quatre des derniers systèmes ont été cédés à l’Ukraine, trois sont stationnés en Roumanie, et aucun remplaçant n’est prêt. L’État a lancé en 2023 un ambitieux programme de « frappe longue portée terrestre », réparti entre deux consortiums français (Safran/MBDA et Thales/Arianegroup). Mais les premières livraisons ne sont prévues qu’en 2030. Or, les délais s’allongent déjà. Face à l’urgence, les rapporteurs appellent à étudier toutes les alternatives, y compris des achats « sur étagère » : le système américain Himars, déjà éprouvé au combat, le K239 sud-coréen, ou l’Europuls germano-israélien. Une autre piste plus audacieuse est aussi évoquée : le Foudre, un lance-roquette développé par la PME française Turgis & Gaillard, qui pourrait être opérationnel dès 2027, à condition d’un soutien rapide.

Une urgence stratégique… et politique

Ce manque d’anticipation résonne comme un avertissement. Dans un monde où les conflits de haute intensité sont redevenus une réalité, l’absence de puissance de feu à longue portée ne relève plus de l’option, mais du handicap stratégique. « La France a un vrai retard », avertit Thiériot, qui appelle à une mobilisation industrielle rapide, à condition de maîtriser les coûts. Car derrière la technique, il y a un enjeu de souveraineté. Se doter d’un système national est essentiel pour ne pas dépendre d’alliés… qui pourraient ne pas répondre présent en cas de conflit. Et pour l’armée française, chaque mois perdu rapproche un peu plus d’une zone rouge opérationnelle. 2030, c’est demain. Mais pour 2027, c’est déjà trop tard.

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