Le gouvernement prépare une réforme sensible. Selon des projets de décrets consultés par l’AFP, l’exécutif envisage de restreindre l’accès à l’aide médicale d’État (AME), dispositif qui permet aux étrangers en situation irrégulière disposant de faibles revenus d’accéder à des soins intégralement pris en charge. La mesure, qui intervient à la veille d’un vote de confiance décisif pour François Bayrou, résonne fortement avec les thématiques portées par la droite et l’extrême droite. Concrètement, l’un des textes prévoit d’exclure de l’AME certains actes non considérés comme essentiels au traitement ou à la prévention d’une maladie, pour les bénéficiaires majeurs. Aux soins déjà écartés – cures thermales, assistance médicale à la procréation, certains médicaments – viendraient s’ajouter les actes de rééducation en balnéothérapie. En parallèle, la liste des prestations programmées et non urgentes soumises à un délai d’ancienneté dans le dispositif serait élargie.
Une dépense limitée mais symbolique
L’AME représente une dépense estimée à 1,2 milliard d’euros en 2024, soit environ 0,5 % du budget de la Sécurité sociale. Si ce montant reste marginal, il concentre une forte charge politique. Pour le Rassemblement national comme pour Les Républicains, il s’agit d’un symbole de « laxisme migratoire ». À l’inverse, le monde médical défend ce dispositif au nom de la santé publique : restreindre l’accès aux soins pour une population précaire accroîtrait les risques sanitaires pour l’ensemble de la société. Un second décret vise également à durcir le cadre administratif. La liste des justificatifs exigés pour constituer un dossier d’AME serait revue et renforcée, en cohérence avec les contrôles mis en place par les caisses d’assurance maladie.
Une réforme explosive dans un contexte politique fragile
Ces projets interviennent dans un climat tendu. Le Premier ministre devra obtenir la confiance de l’Assemblée nationale dans les prochains jours, et ce sujet, porteur pour la droite, sert aussi de marqueur politique pour l’exécutif. Les syndicats, eux, dénoncent une attaque contre les plus fragiles. « Après s’en être pris aux chômeurs et aux malades, on s’attaque aux immigrés », a fustigé Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’Unsa, membre du conseil d’administration de la Cnam. L’institution doit examiner les textes dans les prochains jours, mais leur adoption ouvrirait une nouvelle séquence polémique. Derrière l’ajustement technique, le gouvernement touche à l’un des symboles les plus inflammables du débat social et migratoire français.