Vitraux de Notre-Dame : le caprice présidentiel qui sacrifie Viollet-le-Duc au militantisme contemporain
Vitraux de Notre-Dame : le caprice présidentiel qui sacrifie Viollet-le-Duc au militantisme contemporain

Le scandale était annoncé, il se matérialise désormais sous les yeux du public. Au Grand Palais, les maquettes grandeur nature des vitraux destinés à remplacer six verrières de Viollet-le-Duc à Notre-Dame ont été dévoilées. Ce qui devrait être un hommage à l’art sacré et à l’histoire de France tourne à l’acte politique : Emmanuel Macron impose, contre les avis unanimes des experts, une œuvre militante signée Claire Tabouret, artiste célébrée par le marché de l’art mondialisé et connue pour son activisme pro-migrants et son soutien public à Assa Traoré.

Les vitraux de Viollet-le-Duc, miraculeusement épargnés par l’incendie, restaurés avec l’argent des donateurs (plus de 840 millions d’euros), classés monuments historiques, parfaitement intégrés à l’architecture de la nef sud, vont donc être déposés. Non pour des raisons de conservation. Non pour des raisons techniques. Mais pour satisfaire un geste présidentiel : un caprice de modernité, à 4 millions d’euros, alors que des centaines d’églises françaises s’effondrent chaque année faute de moyens.

La France assiste ébahie à une défiguration.

Une artiste militante pour un monument national

Qui est donc Claire Tabouret, investie par l’Élysée et l’archevêché de Paris ? Une artiste vivant à Los Angeles, star des galeries internationales, protégée de François Pinault… et figure engagée de l’activisme progressiste. En 2019, invitée par Vogue, elle choisit de représenter sur une couverture fictive Assa Traoré, figure de proue des émeutiers accusant la police de « mensonge » malgré un non-lieu définitif confirmé en 2024, devenue pour Claire Tabouret une « icône révolutionnaire ». Elle assumait alors « prendre position », déclarant qu’elle savait « de quel côté du combat » elle se situait.

Voilà donc l’artiste appelée à représenter la Pentecôte dans Notre-Dame de Paris ! Une Pentecôte réduite au « respect dans la diversité » et au « vivre-ensemble », selon ses propres mots. Une Pentecôte vidée de sa dimension théologique, devenue allégorie socio-politique. Et cela se voit dans les œuvres : personnages multi-ethniques, femmes voilées, absence totale de symbolique chrétienne identifiable.

Plus grave encore, l’artiste ne maîtrise pas l’art du vitrail. Les maquettes montrent des corps coupés par les remplages, des têtes tranchées en deux, des bras disproportionnés, des drapés impossibles. Comme si l’œuvre avait été plaquée après coup sur la structure médiévale, sans souci de cohérence ni de respect du support.

Plusieurs critiques constatent que Tabouret pastiche maladroitement Viollet-le-Duc dans la partie haute du vitrail, avant de plaquer des scènes criardes et dissonantes dans la partie basse. Une œuvre qui ignore son lieu, son sens et son histoire. Et pourtant, c’est cette esthétique militante et maladroite que l’Élysée impose à Notre-Dame.

Le caprice du prince contre l’avis des experts

La Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) s’est pourtant opposée à l’unanimité au remplacement des vitraux de Viollet-le-Duc. Un avis inédit. On aurait pu croire que le gouvernement respecterait la science patrimoniale. Au contraire, le ministère a tenté de faire croire à la presse que la CNPA avait « validé » le projet. Un mensonge d’État, démonté par huit membres de la Commission eux-mêmes, contraints de publier un texte pour démentir la manipulation.

Le tribunal administratif, saisi par l’association Sites & Monuments, a hélas rejeté un premier recours, estimant dans une contorsion juridique ahurissante que remplacer un vitrail intact pouvait relever de la « restauration ». Une lecture qui contredit la Charte de Venise et même les déclarations publiques de l’ancienne ministre de la Culture Roselyne Bachelot, qui rappelait que ces vitraux « ne peuvent être remplacés ».

Peu importe, Emmanuel Macron veut ses vitraux. Comme il voulait sa flèche contemporaine. Comme il rêve de réécrire Notre-Dame à son image. Une opération de communication culturelle, payée par l’argent public et par le sacrifice d’un chef-d’œuvre de Viollet-le-Duc.

Le saccage patrimonial au nom du présentisme

À l’heure où Notre-Dame renaît de ses cendres, le président de la République et une partie de l’archevêché ont décidé que l’art sacré du XXIe siècle prendrait la forme d’un vitrail politique, déraciné, étranger à la tradition chrétienne comme à l’harmonie de la cathédrale. On nous dit que « Notre-Dame doit vivre avec son temps ». Mais vivre n’est pas se trahir. On nous dit que « l’art contemporain doit entrer dans les églises ». Mais l’art contemporain n’est pas un totem que l’on impose par décret. On nous dit que « la diversité doit inspirer la Pentecôte ». Mais l’Évangile n’a jamais été un manifeste sociologique. Le résultat est là : un monument millénaire transformé en support d’agenda culturel, au mépris du patrimoine, de la cohérence liturgique et de la volonté populaire.

Les vitraux de Viollet-le-Duc n’ont pas brûlé.
Ils ont été restaurés, ils sont classés, ils ont été financés par les dons et ils sont parfaitement adaptés au lieu. Les remplacer n’est ni une nécessité, ni une restauration, ni un progrès. C’est un acte idéologique qui déshonore l’État.

Notre-Dame n’appartient ni à un président, ni à un lobby culturel, ni à une artiste militante de Los Angeles, mais à la France, à son histoire, à son génie chrétien et gothique. La remplacer par des vitrines idéologiques, c’est altérer ce que le feu n’avait pas détruit.

Alors que la polémique enfle, la pétition lancée par La Tribune de l’Art pour sauver les vitraux de Viollet-le-Duc vient de franchir la barre historique des 300 000 signatures. Un chiffre absolument inédit pour une cause patrimoniale, qui dépasse de loin le cercle des spécialistes et signale un rejet massif du projet dans le pays réel. Conservateurs, architectes, historiens de l’art, donateurs de la restauration, simples fidèles ou amoureux de Notre-Dame s’y retrouvent dans une même intuition : on ne remplace pas, pour faire plaisir à l’époque, des verrières classées, intactes, restaurées avec l’argent des Français. Qu’Emmanuel Macron persiste à ignorer un tel niveau d’opposition, tout en se prévalant du « lien affectif » des Français avec leur cathédrale, résume mieux que tous les discours la déconnexion du pouvoir face à ce scandale patrimonial et spirituel.

Partager