Violeta Barrios de Chamorro, première femme présidente du Nicaragua, s’éteint à 95 ans
Violeta Barrios de Chamorro, première femme présidente du Nicaragua, s’éteint à 95 ans

Violeta Barrios de Chamorro, première femme élue présidente du Nicaragua et figure emblématique de la transition démocratique post-révolutionnaire du pays, est décédée samedi matin à l’âge de 95 ans au Costa Rica, entourée de ses enfants. Son décès met un point final à une vie marquée par l’engagement pour la paix après des années de guerre civile.

Chamorro a dirigé le Nicaragua de 1990 à 1997, succédant à la révolution sandiniste et mettant fin à une décennie de conflit armé. Épouse du journaliste assassiné Pedro Joaquín Chamorro, elle s’est imposée comme une dirigeante improbable dans un contexte de profonde instabilité. Sa victoire électorale en 1990, à la tête d’une large coalition anti-sandiniste, a marqué un tournant historique : elle devenait alors la première femme élue présidente dans les Amériques.

Pendant son mandat, elle a désarmé près de 20 000 combattants « contras », réduit drastiquement l’armée, et engagé une difficile politique d’austérité économique. Si ses détracteurs l’ont parfois perçue comme une figure politique de transition sans réelle influence, elle a néanmoins été saluée pour avoir ramené la paix dans un pays meurtri et permis la première passation pacifique de pouvoir au Nicaragua.

Née en 1929 dans une famille aisée, Chamorro s’était tenue éloignée de la politique jusqu’à l’assassinat de son mari en 1978, événement déclencheur de son engagement. Elle avait brièvement participé à la Junte révolutionnaire avant de s’en distancier, devenant une critique virulente des sandinistes, qu’elle affronta dans les urnes avec succès.

Malade depuis un AVC en 2018, elle avait quitté la vie publique et s’était installée au Costa Rica sous surveillance médicale, rejointe par ses enfants en exil. Sa famille a déclaré qu’elle sera inhumée temporairement à San José, en attendant, selon leurs mots, que « le Nicaragua redevienne une république libre et démocratique ».

Son décès intervient alors que le régime de Daniel Ortega, revenu au pouvoir depuis 2007, poursuit une politique autoritaire ayant poussé nombre de figures de l’opposition à l’exil, dont les enfants de Chamorro. L’une d’elles, Cristiana Chamorro, avait été empêchée de se présenter à l’élection présidentielle de 2021 par les autorités.

Avec la disparition de « Doña Violeta », c’est une page marquante de l’histoire contemporaine du Nicaragua qui se tourne.

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