SCHIAVON, Italie — Dans ce village tranquille du nord-est de l’Italie, les habitants se sont retrouvés autour d’un verre de spritz au vin rouge pour suivre, depuis le Caffè Centrale, le déroulement du conclave du Vatican. Loin de la solennité de la chapelle Sixtine, à Rome, la place centrale de Schiavon, patrie natale du cardinal Pietro Parolin, s’est transformée en salle d’attente improvisée pour les fidèles et les journalistes espérant voir la fumée blanche s’élever.
Sur grand écran, les images en direct de la place Saint-Pierre et de la cheminée de la chapelle Sixtine attiraient les regards, tandis que les verres s’entrechoquaient dans ce bar animé du Veneto. « On attend, et on est tous derrière lui », a déclaré Giacomo Bonora en levant son verre de spritz rouge local, évoquant Parolin par son surnom affectueux : « Don Piero ».
Dans sa ville natale de 2 600 habitants, Parolin reste « Don Piero », comme un simple curé de campagne. À chaque retour, il refuse le titre d’« éminence » que son rang de cardinal lui confère, préférant la simplicité du dialecte vénitien. Âgé de 70 ans, Parolin a été pendant plus de dix ans secrétaire d’État du Saint-Siège, soit le plus proche collaborateur du pape François et un acteur central de la diplomatie vaticane.
Angelo Cisalto, sacristain de l’église Sainte-Marguerite, se tenait prêt à sonner les cloches si la fumée blanche apparaissait. À 84 ans, il se souvient du jeune Pietro, de 14 ans son cadet, jouant à célébrer la messe dans le garage familial. « Il est très bon, très humble », confie-t-il. « Il portait déjà la soutane d’enfant de chœur. »
À mesure que les heures passaient et que les cardinaux tardaient à élire un nouveau pape, les clients du café commandaient des assiettes de charcuterie. Les journalistes de télévision, lassés d’attendre leur direct, pliaient bagage. Finalement, la fumée noire s’échappa de la cheminée. « On remet ça demain », a lâché Bonora, un brin déçu mais toujours confiant.
Parolin, dont la mère est décédée l’été dernier, revenait souvent à Schiavon avant cela. Orphelin de père dès l’âge de 10 ans, il était entré au séminaire à 14 ans, à Vicence, avant d’exercer brièvement comme curé à Schio, dans les Préalpes, puis de rejoindre les rangs de la diplomatie vaticane.
Souvent perçu comme le dépositaire fidèle du message pastoral de François, mais avec une approche plus discrète et conciliatrice, Parolin incarne pour certains une synthèse entre ouverture et tradition. Son expérience mondiale, acquise dans les couloirs du Vatican et au fil de missions diplomatiques, lui confère une stature globale rare parmi les « papabili ».
S’il était élu, il deviendrait le premier pape italien depuis plus de 45 ans, succédant à Jean-Paul II, Benoît XVI et François, venus respectivement de Pologne, d’Allemagne et d’Argentine. Un retour aux sources qui ferait vibrer tout Schiavon.