Mohsen Mahdawi, étudiant palestinien récemment libéré après 16 jours de détention, a accusé jeudi l’université Columbia d’avoir « détruit le système démocratique » par sa gestion des manifestations pro-palestiniennes sur le campus, en lien avec la guerre entre Israël et le Hamas. Il dénonce un climat de répression orchestré, selon lui, en complicité avec l’administration Trump.
Âgé de 34 ans, Mahdawi, résident permanent aux États-Unis, était sur le point de finaliser sa procédure de naturalisation lorsqu’il a été arrêté le 14 avril dans un bureau d’immigration du Vermont. Il venait de réussir son test de citoyenneté et de prêter serment, lorsqu’il a été interpellé par des agents masqués et armés. Ce moment brutal a marqué un tournant dans son parcours, entre « lumière et obscurité », selon ses propres mots.
Né dans un camp de réfugiés en Cisjordanie, Mahdawi vit aux États-Unis depuis 2014. Il a étudié à Columbia, où il a organisé plusieurs manifestations contre la guerre à Gaza et cofondé l’Union des étudiants palestiniens avec un autre étudiant, Mahmoud Khalil, lui aussi arrêté en mars. Mahdawi est convaincu que son engagement militant a motivé son arrestation. Un juge fédéral lui a donné raison, estimant qu’il existe des éléments solides prouvant que le gouvernement cherchait à museler une opinion dissidente.
Dans une interview accordée à l’Associated Press, Mahdawi a affirmé que Columbia avait « trahi » les principes de l’enseignement supérieur. « L’université participe à la destruction de la démocratie, elle soutient les initiatives de l’administration Trump, elle torture ses propres étudiants », a-t-il déclaré. Ces propos interviennent un jour après que 80 manifestants ont été arrêtés dans la bibliothèque principale de Columbia à la suite d’affrontements avec la sécurité du campus.
L’administration de l’université n’a pas commenté les propos de Mahdawi, mais la présidente par intérim Claire Shipman a déclaré que les manifestants avaient refusé de coopérer et qu’il avait été nécessaire de faire appel à la police pour garantir la sécurité de la communauté universitaire. Elle a qualifié leur action de « scandaleuse » et perturbatrice à l’approche des examens finaux.
L’administration Trump soutient l’expulsion de Mahdawi, qu’elle accuse de menacer ses objectifs de politique étrangère. Cette arrestation s’inscrit dans une vague plus large de détentions d’étudiants engagés dans les mouvements de protestation contre la guerre à Gaza sur les campus américains depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Toutefois, Mahdawi est l’un des premiers à obtenir gain de cause devant la justice.
Son cas fait écho à celui de Rumeysa Ozturk, étudiante de l’université Tufts, dont le transfert depuis un centre de détention en Louisiane vers la Nouvelle-Angleterre a été ordonné cette semaine par une cour d’appel fédérale, afin d’examiner si ses droits ont été violés.
Malgré les difficultés, Mahdawi se dit déterminé à poursuivre son engagement. Il compte assister à la cérémonie de remise des diplômes de Columbia ce mois-ci, bien qu’il estime que l’université l’a abandonné et ignoré son travail au sein d’un conseil diplomatique étudiant réunissant Palestiniens, Israéliens, Juifs et Libanais. « C’est un message », dit-il. « L’éducation, c’est l’espoir. L’éducation, c’est la lumière. Et aucune force au monde ne devrait pouvoir nous l’enlever. »