Pieyre-Alexandre Anglade, député EPR des Français du Benelux et président de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale, a publié un tweet accusant Marine Le Pen de « dédouaner » Vladimir Poutine, au motif qu’elle met en cause la stratégie d’Emmanuel Macron et d’Ursula von der Leyen sur le dossier ukrainien. Une attaque qui vise moins à éclairer les Français qu’à réactiver un vieux procès en « complaisance » dès qu’une voix refuse l’escalade.
Car les propos incriminés, recueillis par BFM à Bruxelles mercredi 17 décembre, ne consistent pas à blanchir Moscou. Marine Le Pen y affirme : « J’ai le sentiment que Mme Ursula von der Leyen, avec le soutien voire même la complicité d’Emmanuel Macron, fait tout pour que cette paix n’arrive pas. » Une critique politique d’une ligne européenne jugée contre-productive, loin d’une absolution de l’agresseur russe.
En travestissant cette critique en « trahison », Anglade déplace le débat : au lieu de répondre sur le fond, il cherche à faire croire que réclamer une paix négociée reviendrait à choisir le camp de Poutine.
Un écran de fumée pour éviter la question centrale
La question n’est pas de savoir si la Russie porte la responsabilité initiale du conflit, mais de savoir qui travaille réellement à une sortie de crise, et qui entretient au contraire un climat de surenchère qui durcit Kiev et rend tout compromis politiquement impossible. Or la macronie, avec ses relais à Bruxelles, pousse depuis des mois une rhétorique de mobilisation continentale, au service d’une “Europe de la défense” pilotée par la Commission, avec une logique d’intégration et de dépenses qui échappe de plus en plus au contrôle démocratique des nations.
La séquence récente sur les déclarations du chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, est l’illustration de cette dérive, en appelant à « accepter de perdre nos enfants » en cas de guerre. Que l’Élysée laisse prospérer ce registre martial, pendant qu’on explique ensuite qu’il ne faudrait “pas agiter les peurs”, dit beaucoup d’une stratégie : installer l’idée d’une menace inéluctable, pour rendre acceptable l’alignement, l’effort et, demain, les renoncements.
Dans ce contexte, l’indignation sélective de Pieyre-Alexandre Anglade ressemble à une manœuvre de diversion. Il dénonce une prétendue “complaisance” du RN avec Moscou, sans mentionner qu’au Parlement européen les élus RN ont, à plusieurs reprises, voté des aides à l’Ukraine, ce qui contredit la fable d’un parti “pro-Poutine” par nature. D’aucun comprendront l’objectif de Pieyre-Alexandre Anglade et la macronie, coller au RN une infamie morale pour esquiver la seule question qui compte, celle de la paix et du prix réel de l’escalade.
Car au fond, qui “dédouane” qui ? En accusant Marine Le Pen de trahir la France parce qu’elle met en cause la ligne Macron-von der Leyen, la macronie exige un chèque en blanc : à Bruxelles pour l’intégration, à Paris pour la posture, et demain aux Français pour les conséquences. La paix, elle, ne se décrète pas à coups de tweets indignés. Elle se construit ou on renonce à la construire. Et c’est précisément ce renoncement que beaucoup commencent à voir.