Trump menace à nouveau Harvard : une bataille politique sur fond de statut fiscal
Trump menace à nouveau Harvard : une bataille politique sur fond de statut fiscal

Depuis la Floride, où il passe le week-end, le président Donald Trump a ravivé vendredi sa menace de retirer à l’université Harvard son statut d’exonération fiscale, intensifiant un affrontement très politique avec la prestigieuse institution de la côte Est. Cette annonce, diffusée via son réseau social, intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l’administration Trump et les campus universitaires, sur fond de répression du militantisme étudiant.

« Nous allons retirer le statut d’exonération fiscale à Harvard. C’est ce qu’ils méritent ! », a écrit le président, défiant les règles fédérales qui interdisent aux membres de l’exécutif d’influencer directement les enquêtes ou audits de l’Internal Revenue Service (IRS). La Maison-Blanche a tenté de minimiser ces propos, affirmant que toute décision émanerait de l’IRS de manière indépendante.

Trump reproche à Harvard d’avoir refusé de se conformer aux exigences de son administration, notamment en matière de gouvernance, d’admissions et de traitement des questions liées à la diversité. En réponse à ce refus, la Maison-Blanche a déjà suspendu plus de 2 milliards de dollars de subventions fédérales destinées à l’université.

Dans un communiqué publié vendredi, Harvard a fermement dénoncé une initiative qu’elle juge sans fondement légal. « Une telle mesure sans précédent mettrait en péril notre mission éducative », a averti l’établissement, évoquant des conséquences graves, notamment une baisse des aides financières pour les étudiants, l’arrêt de programmes de recherche médicale, et un coup porté à l’innovation. L’université estime que cette attaque pourrait avoir un impact durable sur l’ensemble de l’enseignement supérieur américain.

Le département du Trésor aurait demandé à un haut responsable de l’IRS d’engager la procédure de révocation du statut fiscal de Harvard peu après un message de Trump publié à la mi-avril. La Maison-Blanche affirme toutefois que l’examen du statut fiscal de l’université aurait commencé avant cette déclaration publique.

Plusieurs élus démocrates, dont Chuck Schumer, Elizabeth Warren, Ed Markey et Ron Wyden, dénoncent une manœuvre politique. Dans une lettre adressée à l’inspectrice générale du Trésor pour la fiscalité, ils demandent une enquête sur les tentatives de Trump de priver Harvard de son statut d’exonération. Selon eux, cette action soulève des « questions constitutionnelles troublantes », notamment une atteinte à la liberté d’expression de l’université et à son droit à une procédure équitable.

Des experts en droit fiscal rappellent que la loi interdit formellement au président et à ses collaborateurs d’ordonner des audits ciblés. « Le Congrès a expressément criminalisé ce type d’intervention », rappelle Mike Kaercher, du Tax Law Center de l’université de New York.

Cette offensive contre Harvard s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration Trump, présentée comme une lutte contre l’antisémitisme sur les campus. Mais pour ses soutiens politiques, c’est aussi un levier électoral efficace : une croisade contre les élites universitaires souvent perçues comme hostiles aux idées conservatrices.

Jeudi soir à l’université d’Alabama, Trump a ainsi opposé les étudiants de Harvard à ceux de l’Amérique « réelle ». « Le prochain chapitre de l’histoire américaine ne sera pas écrit par The Harvard Crimson », a-t-il lancé, en référence au journal étudiant de l’université. « Il sera écrit par vous, le Crimson Tide », surnom de l’équipe de football de l’Alabama.

Outre les subventions et le statut fiscal, l’administration envisage désormais d’empêcher Harvard d’accueillir des étudiants internationaux, ajoutant une nouvelle dimension à cette lutte politique aux enjeux potentiellement explosifs.

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