À quelques mois de la présentation du budget 2026, l’exécutif a de nouveau rejeté l’idée d’un impôt minimum sur les très grandes fortunes. Inspirée des travaux de l’économiste Gabriel Zucman, cette « taxe » viserait les 1 800 foyers fiscaux français dont le patrimoine dépasse les 100 millions d’euros, en les imposant à hauteur de 2 % par an. Malgré le soutien de plusieurs prix Nobel d’économie et une mobilisation à gauche, le gouvernement campe sur son refus, redoutant une fuite des capitaux et un affaiblissement du tissu industriel. La porte-parole Sophie Primas a rappelé, à l’issue du Conseil des ministres, que cette mesure risquait de nuire à l’attractivité économique de la France. Selon elle, « cette taxe impliquerait pour beaucoup d’entrepreneurs de devoir vendre tout ou partie de leur entreprise pour s’acquitter de l’impôt », une situation qu’elle juge « très injuste » et économiquement « fragile ». Une ligne défendue aussi par la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, qui redoute une vague d’exils fiscaux.
La fiscalité des riches sous surveillance
Face à la pression croissante d’une partie de la gauche et d’économistes internationaux, l’exécutif maintient néanmoins quelques dispositifs. La « contribution des hauts revenus », instaurée cette année, sera reconduite en 2026. Elle impose un taux d’imposition minimum de 20 % pour les contribuables les plus aisés. Le gouvernement souhaite aussi renforcer le contrôle sur les placements jugés peu productifs, comme l’immobilier ou certaines stratégies de défiscalisation, pour « récupérer 2 à 3 milliards d’euros » par des mesures ciblées. Mais sur le fond, la position reste claire : toute taxation directe du patrimoine productif est perçue comme une menace. « Nous ne voulons pas affaiblir nos entreprises, nos entrepreneurs et notre capacité pour la croissance », a déclaré Amélie de Montchalin, mettant en garde contre un effet domino sur les investissements.
Une ligne rouge politique et économique
Rejetée par le Sénat en juin, la proposition de loi portée par la gauche ne semble pas en mesure de progresser dans l’état actuel des équilibres politiques. Et même les garde-fous prévus par ses défenseurs – comme l’imposition rétroactive des exilés fiscaux jusqu’à cinq ans après leur départ – ne suffisent pas à infléchir la position du gouvernement. En dépit du climat de défiance sociale face à l’accumulation de grandes fortunes, l’exécutif continue de privilégier une approche incitative plutôt que coercitive, misant sur la stabilité fiscale pour séduire les investisseurs… et préserver ses équilibres budgétaires dans un contexte de croissance incertaine.