Face à une menace croissante d’interdiction, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) modifie discrètement sa stratégie en atténuant les éléments les plus radicaux de son programme, ont constaté plusieurs observateurs. Cette évolution intervient alors que le parti, arrivé en deuxième position aux élections fédérales de février dernier, fait l’objet d’une surveillance accrue des autorités pour ses liens présumés avec l’extrémisme.
Au centre de cette inflexion figure l’abandon du terme « remigration » dans les documents politiques les plus récents du parti. Ce concept controversé, souvent interprété comme un appel au départ forcé des immigrés, avait suscité de vives inquiétudes, notamment parmi les défenseurs des droits de l’homme et les institutions démocratiques allemandes. Sa disparition marque un tournant tactique majeur dans la communication de l’AfD.
« Ils veulent se rendre juridiquement inattaquables », analyse un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, sous couvert d’anonymat. Le parti cherche visiblement à désamorcer les procédures judiciaires lancées contre lui, notamment celles du Bureau de protection de la Constitution (BfV), l’agence de renseignement intérieure allemande, qui surveille officiellement l’AfD pour atteinte potentielle à l’ordre démocratique.
Depuis plusieurs mois, le parti fait l’objet d’un isolement croissant, y compris sur la scène européenne, après avoir été exclu du groupe Identité et Démocratie au Parlement européen. Des déclarations controversées de certains de ses dirigeants sur la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et des liens supposés avec des mouvances néonazies ont provoqué des scandales à répétition.
Dans ce contexte, les responsables de l’AfD semblent vouloir recentrer leur image et leur programme autour de thèmes plus consensuels, comme la souveraineté énergétique, la sécurité intérieure ou la critique de l’Union européenne, tout en reléguant au second plan les propos les plus clivants sur l’immigration.
Malgré ce repositionnement apparent, nombre d’experts appellent à la prudence. « Le changement est avant tout cosmétique », estime un chercheur spécialisé en extrémisme politique à l’université de Leipzig. « Les idées restent, mais elles sont simplement mieux emballées. » Le débat sur une possible interdiction du parti reste donc vif en Allemagne, où les autorités doivent arbitrer entre défense de la démocratie et respect des libertés politiques.