L’idée d’une démission d’Emmanuel Macron, longtemps jugée farfelue, s’impose désormais dans le débat public. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe, chef du parti Horizons et candidat déclaré à la présidentielle de 2027, a mis les pieds dans le plat mardi matin sur RTL : il appelle le président à organiser une élection présidentielle anticipée, « immédiatement après l’adoption du budget 2026 ». Une proposition qui, si elle se concrétisait, bouleverserait la vie politique française.
La Constitution prévoit en effet un cadre précis en cas de vacance du pouvoir. Mais entre hypothèses politiques, délais constitutionnels et impossibilités juridiques, la mécanique d’une telle démission mérite d’être expliquée.
Gérard Larcher président par intérim
En cas de démission, Emmanuel Macron adresserait une lettre officielle au Conseil constitutionnel. Dès lors, celui-ci constaterait la vacance de la présidence de la République conformément à l’article 7 de la Constitution. Le texte est clair : « En cas de vacance de la présidence de la République pour quelque cause que ce soit, ou d’empêchement constaté par le Conseil constitutionnel, les fonctions du président sont provisoirement exercées par le président du Sénat. »
Autrement dit, Gérard Larcher, actuel président (LR) de la Haute Assemblée, deviendrait chef de l’État par intérim. Ses pouvoirs seraient toutefois limités : il ne pourrait ni dissoudre l’Assemblée nationale, ni convoquer de référendum, ni réviser la Constitution. Son rôle se bornerait à organiser l’élection présidentielle anticipée dans des conditions régulières et à assurer la continuité de l’État.
Une présidentielle express dans les 20 à 35 jours
La démission du président déclenche automatiquement la convocation d’une élection présidentielle anticipée. L’article 7 précise que le scrutin doit avoir lieu « vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus » après la constatation de la vacance du pouvoir par le Conseil constitutionnel.
Autrement dit, si Emmanuel Macron remettait sa démission ce mercredi 8 octobre, le premier tour pourrait être organisé entre le 28 octobre et le 12 novembre. Les règles habituelles s’appliqueraient : financement des campagnes, parrainages, temps de parole, second tour deux semaines plus tard, et mandat complet de cinq ans pour le futur président — et non un simple achèvement du mandat de Macron.
Démission différée : juridiquement impossible
Édouard Philippe a suggéré un départ « ordonné », différé après le vote du budget 2026. Mais cette hypothèse ne tient pas constitutionnellement. Selon la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina, « il est impossible de démissionner en deux temps ». Soit le président reste en fonction, soit il part et déclenche immédiatement la vacance du pouvoir. Une « démission à effet différé » créerait une situation juridiquement floue, avec des candidats déjà en campagne avant même l’ouverture officielle du scrutin, au mépris de l’égalité entre candidats.
Le Conseil constitutionnel serait alors confronté à un casse-tête inédit : la vacance commence-t-elle au moment de l’annonce ou à la date d’effet choisie par le président ? Rien ne le prévoit dans les textes, et la jurisprudence reste muette. Une telle manœuvre risquerait donc d’être retoquée.
Macron pourrait-il se représenter ?
Même dans le cadre d’une présidentielle anticipée, Emmanuel Macron ne pourrait pas briguer un nouveau mandat. L’article 6 de la Constitution est sans ambiguïté : « Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs. »
Cette interdiction s’applique y compris si l’un des mandats est écourté. Le gouvernement l’a d’ailleurs confirmé en 2023 dans une réponse écrite au Sénat : deux mandats, qu’ils soient complets ou non, suffisent à atteindre la limite constitutionnelle. Emmanuel Macron devra donc attendre 2032 pour espérer un retour à l’Élysée.
Le précédent de De Gaulle et Pompidou
L’histoire de la Ve République ne compte qu’un seul précédent de démission présidentielle : celle du général de Gaulle, le 28 avril 1969, après l’échec de son référendum sur la régionalisation. Son départ avait conduit à une élection anticipée remportée par Georges Pompidou face à Alain Poher, alors président du Sénat par intérim. Cinq ans plus tard, en 1974, la mort de Pompidou provoquait une nouvelle présidentielle anticipée. Dans les deux cas, la procédure s’était déroulée sans accroc, dans les délais constitutionnels.
Reste qu’Emmanuel Macron a toujours exclu l’idée de quitter l’Élysée avant 2027. Mais le climat politique, miné par la crise institutionnelle et la démission de Sébastien Lecornu, alimente les spéculations. Selon un sondage Odoxa, 70 % des Français souhaitent aujourd’hui la démission du chef de l’État. L’appel d’Édouard Philippe, qui s’ajoute à ceux de Mélenchon, Copé, Lisnard ou Le Pen, fait désormais vaciller ce qui paraissait jusqu’ici impensable : la perspective d’une présidentielle anticipée en France.