Shein : l'État ne demande plus une suspension totale de la plateforme
Shein : l'État ne demande plus une suspension totale de la plateforme

Emmenée par la France, une coalition de huit pays européens a appelé, le 8 décembre 2025, la Commission européenne à se mobiliser face aux « risques systémiques » des plateformes d’e-commerce comme Shein. Cette offensive à l’échelle européenne intervient alors que, à Paris, le Tribunal judiciaire examinait le 5 décembre 2025 la demande de l’État visant à encadrer le géant chinois de l’ultra-fast fashion, après le scandale lié à la vente de poupées pédopornographiques et d’armes sur sa plateforme. Si la suspension totale du site semble désormais « disproportionnée », Shein reste dans le viseur des autorités. La décision finale est attendue le 19 décembre 2025.

Un rétropédalage assumé de la part de l’État

Au cœur de l’audience : la question d’un blocage complet de Shein en France pendant trois mois, demandé initialement par le gouvernement. Mais le procureur l’a dit : le dommage a disparu. En effet, la plateforme a retiré les produits illicites et fermé sa marketplace le 5 novembre 2025. Résultat ? L’État ne veut plus couper tout Shein du jour au lendemain, mais souhaite un cadre juridique plus strict. « L’État ne veut pas interdire Shein de faire du commerce, mais réclame un cadre contraignant pour s’assurer qu’on ne trouvera plus des poupées sexuelles (…) ou des machettes à double lame » a plaidé Renaud Le Gunehec, avocat de l’État.

Shein se défend : « une cabale politique »

En face, le ton est monté. Shein crie au traitement à part : «C’est une cabale politique et médiatique » estime Julia Bombardier, avocate de Shein La défense insiste que les vendeurs impliqués ont été bannis, que des dizaines de milliers de produits pour adultes ont été bloqués et que d’autres marketplaces proposaient les mêmes articles interdites

Pour Rudy Kazi Matsika, élu à Saint-Germain-lès-Arpajon, l’affaire Shein interroge sur l’équité du traitement médiatique et politique autour de Shein : « D’autres acteurs ont aussi commercialisé ces produits. Amazon, il y a quelque temps. Pourquoi spécifiquement Shein ? Je ne sais pas. » Il met également en garde contre le risque d’amalgames envers les marques asiatiques : « Ce qui consisterait à créer une suspicion générale autour des entreprises asiatiques, ce n’est pas bon. »
Son message : défendre les intérêts économiques français, sans fermer la porte au commerce avec l’Asie.

Shein : huit pays européens montent au front

Au-delà du seul cadre français, le dossier change d’échelle. Dans un courrier adressé à Bruxelles, huit États européens(la France, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, la Hongrie et la Pologne) demandent à la Commission européenne de renforcer la riposte face aux grandes plateformes d’e-commerce de pays tiers, Shein en tête.

Ils dénoncent une « concurrence déloyale » et évoquent des « risques systémiques » : vente de produits illicites, contournement des règles, pratiques commerciales agressives.

À l’initiative de cette lettre, le ministre français du Commerce, Serge Papin, qui réclame l’ouverture d’une enquête formelle sur Shein, mais aussi des mesures provisoires pour encadrer la plateforme, ainsi que des sanctions supplémentaires dans les procédures déjà ouvertes contre Temu et AliExpress.

Les États signataires demandent notamment :

– L’application stricte du Digital Services Act (DSA),

– Un renforcement des contrôles douaniers et des autorités de protection des consommateurs,

– Une possible taxe européenne sur les colis de faible valeur, sur le modèle de ce que prépare déjà la France.

En toile de fond, la France sait qu’un nouvel échec devant la justice française le 19 décembre fragiliserait sa position. D’où cette pression sur Bruxelles, seule compétente pour agir sur les « risques systémiques » des grandes plateformes.

Un dossier qui dépasse le simple commerce

L’État reconnaît l’importance de Shein dans la consommation française. Il ne veut pas « empêcher l’entreprise de faire du commerce » mais exige que les standards européens soient respectés.

Parce que derrière Shein, c’est tout le modèle de la fast fashion qui est questionné. Que ce soit l’impact économique, la protection des mineurs, la concurrence loyale et la relation avec la Chine. « La fast fashion n’est pas qu’un problème. C’est un secteur porteur. Mais il faut le réguler selon nos valeurs et nos règles. » affirme Rudy Kazi Matsika

Décision le 19 décembre 2025

Le tribunal ne s’est pas précipité. La décision est mise en délibéré au 19 décembre 2025.
D’ici là, Shein reste toujours sous surveillance. Et même si la suspension totale du site n’est pas prononcée, l’entreprise n’est pas sortie d’affaire : une enquête pénale est ouverte, et plus de 75 organisations commerciales poursuivent Shein pour concurrence déloyale.

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