Alors que la Ville de Paris a infligé une amende de 210 000 euros à l’association Transparence citoyenne, à la suite d’une campagne d’affichage révélant les notes de frais d’Anne Hidalgo, Marianne révèle que l’agent municipal à l’origine de la procédure, Julien Wolikow, est un militant socialiste actif, soutien déclaré de Rémi Féraud, proche de la maire de Paris.
Ce n’est pas la première fois que Julien Wolikow est impliqué dans une procédure similaire. En effet, il avait déjà suivi, en janvier 2024, le dossier lié à la campagne d’affichage du magazine d’Entrevue après la publication de notre enquête sur le Tahiti Gate.
À la suite de cette campagne, la mairie de Paris nous avait infligé une amende de 123 000 euros, estimant que notre affichage était illégal. Une sanction arbitraire et disproportionnée, qui ressemblait fort à des représailles suite à notre article. Anne Hidalgo avait d’ailleurs mobilisé de nombreux agents municipaux pour recenser le nombre d’affiches et alourdir notre sanction.
Le fonctionnaire signataire, militant socialiste actif
D’après les informations obtenues par Marianne, le signataire du courrier d’amende, Julien Wolikow, chef du pôle « doctrine, partenariats et gestion de la verbalisation » à la Direction de la police municipale et de la prévention, figure comme membre actif de la section PS du 10ᵉ arrondissement, selon le site officiel du Parti socialiste parisien.
Des publications sur les réseaux sociaux montrent également sa participation, le 11 juin dernier, à un événement militant en soutien à Rémi Féraud, candidat à la primaire du PS pour les municipales. Anne Hidalgo avait publiquement soutenu ce dernier lors de cette campagne interne.
C’est donc ce même fonctionnaire, Julien Wolikow, qui a signé et instruit la procédure d’amende administrative contre Transparence citoyenne et Entrevue. Une situation qui interroge la neutralité et l’impartialité de la démarche. Interrogé par Marianne sur ses fonctions et les critères ayant conduit à fixer le montant maximal de l’amende, il n’a pas souhaité répondre.
Gilles Alayrac, également impliqué dans la procédure d’amende contre Entrevue, est également un fervent soutien de Anne Hidalgo
Par ailleurs, Gilles Alayrac, sous-directeur de l’État-Major ayant signé le courrier signifiant l’amende de 123 000 euros à Entrevue, est également un militant PS/PRG très proche de Anne Hidalgo, comme on peut le voir la photo ci-dessous. En 2012, il était même candidat PS/PRG dans la 13e circonscription de Paris, seule circonscription que le PS espérait alors reprendre à l’UMP, avec en arrière-pensée les municipales de Paris 2014. Il avait alors été fermement soutenu par Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo…
La Ville de Paris n’a, pour l’heure, pas répondu aux demandes de clarification sur la désignation de l’agent instructeur et sur les critères retenus pour le calcul de l’amende. Plus que jamais, ce double scandale interroge sur la transparence, la liberté d’information et l’impartialité des pouvoirs publics à Paris.


Des sanctions jugées hors normes
Les amendes contre Transparence Citoyenne et Entrevue, prononcées sur la base de l’article L.581-26 du Code de l’environnement, correspondent au plafond maximal de 1 500 euros par affiche collées dans Paris.
La campagne de Transparence Citoyenne, menée en septembre 2025, visait à rendre publiques les dépenses des élus parisiens, obtenues légalement par l’association au titre du droit d’accès à l’information administrative. Quant à la campagne d’Entrevue, menée en janvier 2024, elle mettait en avant notre enquête sur le Tahiti Gate. Pour Marianne, ce genre de sanction pourrait avoir été utilisée comme une mesure de rétorsion politique.
Transparence citoyenne dénonce comme Entrevue une « procédure bâillon »
Dans un courrier daté du 23 octobre 2025, le président de Transparence citoyenne, Guillaume Leroy, a contesté la sanction, la qualifiant de « manifestement disproportionnée ». L’association, qui milite pour la transparence de la vie publique, estime que cette procédure constitue une atteinte à la liberté d’expression et d’information, garanties par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme.
Selon Guillaume Leroy, dont nous partageons totalement le point de vue, cette décision est une véritable « procédure bâillon », la maire de Paris se trouvant à la fois « juge et partie » dans une affaire la concernant directement. L’association soutient en outre que les affiches diffusées n’entrent pas dans le champ du régime publicitaire visé par le Code de l’environnement, et que la Ville n’était pas compétente pour prononcer une telle amende.