Révélations Mediapart - 84.000€ de vêtements pour Anne Hidalgo payés en notes de frais. (Mediapart, Transparence Citoyenne, AP, DR)
Révélations Mediapart – 84.000€ de vêtements pour Anne Hidalgo payés en notes de frais. (Mediapart, Transparence Citoyenne, AP, DR)

C’est un nouveau scandale qui éclabousse Anne Hidalgo. Selon des révélations de l’association Transparence Citoyenne, relayées par Mediapart, la maire de Paris a dépensé environ 84 200 euros en frais de représentation, majoritairement pour l’achat de vêtements, tout cela entre 2020 et 2024. Chaque année, une enveloppe de 20 000 euros était mise à sa disposition, rarement consommée en totalité.

Selon les documents publiés par Transparence Citoyenne et consultés par Mediapart, les enseignes privilégiées sont souvent les mêmes : BHV Marais, Repetto, Apostrophe, Éric Bompard ou Gérard Darel. Mais la maire de Paris s’est aussi offert plusieurs pièces de luxe : deux robes Dior en 2024 pour 6 320 euros, un manteau Burberry à 3 067 euros en 2023, une blouse Dior à 1 120 euros en 2021 ou encore une veste Burberry à 1 087 euros en 2020.

Déjà en 2017, des achats similaires avaient suscité la polémique : robes Dior, Courrèges ou Diane von Furstenberg pour plusieurs milliers d’euros. Face aux critiques, le cabinet de la maire avait justifié ces dépenses en expliquant qu’«Anne Hidalgo incarne la France à l’étranger» et qu’elle se doit de représenter la culture française et la haute couture.

Une Légalité Contestée Par Les Associations
Extraits de frais de représentation d’Anne Hidalgo (Mediapart, Transparence Citoyenne)

Une Légalité Contestée Par Les Associations
Extraits de frais de représentation d’Anne Hidalgo (Mediapart, Transparence Citoyenne)

Une légalité contestée par les associations

Pour l’association Transparence citoyenne, ces dépenses vestimentaires ne sont pas conformes aux règles. Elle rappelle une jurisprudence de la chambre régionale des comptes selon laquelle les frais de représentation ne peuvent inclure des dépenses d’habillement, sauf cas particuliers (cérémonie officielle, tenue de gala obligatoire). La mairie rétorque qu’Anne Hidalgo participe à de nombreux événements internationaux et reçoit régulièrement des délégations étrangères, ce qui justifierait ces achats.

Des déplacements coûteux pour la mairie de Paris

Les documents obtenus révèlent également près de 125 000 euros de frais de déplacements engagés par Anne Hidalgo entre juillet 2020 et décembre 2023. Parmi les voyages les plus coûteux : New York en 2023 pour le sommet de l’ambition climatique à l’ONU (9 810 euros), New York en 2022 pour un événement environnemental (10 003 euros), Tokyo en 2021 pour les Jeux paralympiques (12 687 euros) ou encore Tahiti en 2023 pour inspecter le site olympique de Teahupoo.

Dans le même temps, les déplacements de ses adjoints ont représenté près de 400 000 euros.

Bizarrement, la mairie de Paris a mis longtemps avant de communiquer les notes de frais

Anne Hidalgo, qui avait fait de la transparence et de la déontologie un pilier de son premier mandat en 2014, s’est progressivement éloignée de ses engagements. Dès son arrivée à l’Hôtel de Ville, elle avait instauré un code de déontologie inédit, axé sur « l’intérêt public, la probité, l’impartialité, l’indépendance et l’exemplarité ». Une commission de déontologie avait même été créée, une première en France pour une municipalité.

Mais les années suivantes, face aux demandes répétées de journalistes et d’associations, la maire de Paris a systématiquement résisté à toute communication de ses dépenses. Plusieurs contentieux ont opposé la mairie à la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), et il a fallu de longues batailles judiciaires pour que certains documents soient finalement rendus publics.

Ces nouvelles révélations n’ont pas été simples à obtenir, la mairie de Paris semblant réfractaire, depuis des années, à communiquer ses notes de frais. En 2017, le journaliste néerlandais Stefan de Vries avait réclamé les frais de déplacement et de représentation d’Anne Hidalgo, l’année où Paris obtenait l’organisation des Jeux olympiques. Après cinq longues années de recours, il a finalement obtenu gain de cause. En 2021, trois associations parisiennes (l’Union parisienne, Rouler libre et le Comité Marais Paris) avaient à leur tour demandé l’accès à ses frais de restauration et de représentation, sur fond d’endettement record de la capitale (7 milliards d’euros). Là encore, la mairie avait refusé avant que la justice ne l’y oblige deux ans plus tard, avec des documents jugés incomplets.

Plus récemment, en mars 2024, l’association Transparence citoyenne a réclamé ses frais de déplacements, de restauration et de représentation. Malgré un avis favorable de la Cada en juillet, la mairie n’a transmis les documents qu’après une nouvelle saisine du tribunal administratif.

La mairie de Paris tente de décrédibiliser l’association Transparence citoyenne

Pour se défendre, la mairie de Paris dénonce la proximité de l’association Transparence citoyenne avec l’extrême droite, en raison d’un financement de 10 000 euros obtenu auprès du milliardaire Pierre-Édouard Stérin (via son projet Périclès). Mais l’organisation assure ne pas cibler les élus selon leur orientation politique. Son président Guillaume Leroy affirme qu’il s’agissait d’un financement opportuniste pour soutenir leurs actions et rappelle que l’association enquête également sur des maires du Rassemblement national.

Depuis mars 2024, Transparence Citoyenne a contacté les 1 025 communes de plus de 10 000 habitants pour réclamer la transparence sur les frais de représentation de leurs maires.

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