La Maison-Blanche a vécu ce lundi une séquence diplomatique inédite : trois jours après son sommet bilatéral en Alaska avec Vladimir Poutine, Donald Trump a réuni à Washington Volodymyr Zelensky et plusieurs dirigeants européens de premier plan. Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen, Friedrich Merz, Keir Starmer, Giorgia Meloni, Alexander Stubb et le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte étaient autour de la table pour ce qui s’annonçait comme l’un des rendez-vous les plus décisifs depuis le début de la guerre en Ukraine.
Dès l’ouverture de la rencontre, Donald Trump a donné le ton en ponctuant son discours de traits d’humour et de compliments à l’égard de chaque participant : « Ursula, vous êtes sans doute la plus puissante autour de cette table », a-t-il lancé, avant de saluer le « talent » de Giorgia Meloni ou encore « l’ami » Emmanuel Macron. Un style qui tranche avec la gravité du sujet, mais qui traduit la méthode Trump : désamorcer les tensions par la personnalisation et l’affichage d’une proximité, quitte à irriter ceux qui, à l’image du président français, souhaitaient avant tout un échange solennel.
Car derrière le décorum et les sourires parfois forcés, les débats ont révélé les fractures persistantes. Emmanuel Macron a insisté sur la « nécessité absolue d’un cessez-le-feu » et plaidé pour une réunion « quadrilatérale » incluant les Européens, là où Donald Trump se montre davantage tenté par un format trilatéral associant Washington, Moscou et Kiev. « La sécurité de l’Europe est aussi en jeu », a martelé le président français, rappelant qu’aucune solution durable ne pourra se trouver sans le Vieux Continent.
Volodymyr Zelensky, lui, est apparu soucieux d’afficher l’unité avec ses alliés tout en soulignant le rôle incontournable des États-Unis. « Nous avons parlé des garanties de sécurité et nous sommes d’accord pour dire que cette sécurité dépend des États-Unis », a-t-il déclaré, allant jusqu’à confier qu’il venait d’avoir sa « meilleure conversation » avec Donald Trump. Le président ukrainien a néanmoins rappelé qu’il revenait « au peuple ukrainien » de décider d’un accord avec Moscou, renvoyant ainsi toute perspective de paix à une négociation encore lointaine.
De son côté, Donald Trump a voulu se poser en artisan d’un accord « possible » avec Poutine, affirmant que le président russe était prêt à accepter des garanties de sécurité pour l’Ukraine. Mais la crédibilité de cette promesse reste fragile, tant les précédentes tentatives de médiation ont échoué et tant le Kremlin n’a jamais cessé de jouer sur l’ambiguïté. Pour Trump, qui a promis d’appeler Poutine à l’issue de la réunion, le pari est double : se poser en faiseur de paix sur la scène internationale et, dans le même temps, redéfinir le rôle des États-Unis comme « arbitre » plutôt que comme simple soutien militaire.
Les Européens, quant à eux, ont tenu à rappeler leur poids dans la partie. Friedrich Merz a salué une rencontre « utile » mais mis en garde contre « les prochaines étapes, qui seront plus compliquées ». Ursula von der Leyen a souligné que « les garanties de sécurité sont extrêmement importantes », évoquant aussi le sort des milliers d’enfants ukrainiens déportés en Russie. Une manière de signifier que l’Europe, loin d’être spectatrice, entend peser sur les conditions de la paix.
Au-delà des déclarations, la réunion de Washington illustre les ambiguïtés d’une diplomatie en suspens. Donald Trump veut aller vite et afficher des résultats visibles, quitte à bousculer les formats classiques. Zelensky cherche à préserver l’unité des soutiens occidentaux tout en s’assurant que Washington demeure son principal garant. Et les Européens, méfiants, veulent s’imposer dans le jeu pour ne pas se retrouver marginalisés dans la résolution d’un conflit qui se déroule à leurs portes.
Reste que la photo de famille, prise dans le Grand Foyer de la Maison-Blanche, résume peut-être mieux que les mots le climat de la soirée : des visages crispés, peu de sourires, et une poignée de secondes d’unité mise en scène, avant de replonger dans la réalité des divergences. La paix, si elle se dessine, pourrait être longue à arracher.