C’est un moment clé pour la droite française. Ce samedi 28 juin, à la Maison de la Mutualité, dans le Ve arrondissement de Paris, Bruno Retailleau présidera son premier Conseil national en tant que chef des Républicains, un mois après son élection à la tête du parti. L’enjeu est d’importance : refonder un appareil affaibli, clarifier une ligne politique et surtout, esquisser un chemin vers la reconquête, avec en ligne de mire les municipales de 2026 et l’élection présidentielle de 2027.
Le matin, la partie statutaire se tiendra à huis clos, mais elle promet d’être décisive. Le renouvellement des instances internes, la validation du bureau politique et de la Commission nationale d’investiture (CNI), la révision des statuts et la restructuration du parti seront à l’ordre du jour. L’après-midi, une réunion publique donnera le ton politique. Manfred Weber, président du Parti populaire européen, prendra la parole avant le discours de clôture de Bruno Retailleau, qui entend affirmer son autorité tout en tendant la main aux diverses sensibilités de la droite.
Un parti à reconstruire autour des militants
Retailleau le répète depuis sa campagne interne : « il faut reconstruire le parti autour de ses militants ». Ce mot d’ordre n’est pas une formule creuse. Dès son élection, il a nommé François-Xavier Bellamy vice-président et Othman Nasrou secrétaire général, incarnant à la fois la fidélité idéologique et la volonté de rajeunissement. Deux sénatrices, Agnès Evren et Alexandra Borchio Fontimp, ont été nommées porte-parole. Michel Barnier, ancien Premier ministre, devient président du Conseil national : une caution d’expérience et un signal de rassemblement.
La stratégie de Retailleau est claire : renforcer les structures du parti pour les transformer en machine de guerre électorale. Il a d’ailleurs confié à plusieurs cadres la direction de pôles thématiques, dont celui de la vie militante, jugé stratégique. Le sénateur Max Brisson confie : « Bruno veut un parti qui fonctionne comme un think tank, capable de formuler un projet solide, audible et enraciné ». Cette volonté de réforme est partagée par de nombreux élus, y compris ceux qui ne lui étaient pas initialement favorables.
Le Conseil national devra aussi trancher sur l’un des sujets les plus sensibles : la désignation du candidat à la présidentielle de 2027. Si les statuts prévoient actuellement une primaire, nombreux sont ceux, parmi les cadres LR, qui souhaitent en sortir. Le principe d’une réforme des statuts a été acté : les primaires sortiraient du cadre statutaire pour être reléguées au règlement intérieur. Cela permettrait une plus grande souplesse selon le contexte politique.
Cette réforme sera soumise au vote des adhérents lors du prochain congrès, prévu les 6 et 7 septembre à Port-Marly (Yvelines). Ce sera l’occasion pour Retailleau d’ancrer durablement son autorité sur le parti et de clarifier les règles du jeu pour 2027. Car au sein des Républicains, une chose est claire : plus personne ne veut revivre le chaos des primaires de 2016 ou les divisions de 2021.
Un projet de droite assumée
Au-delà des questions d’organigramme, Retailleau veut incarner une droite de convictions. Il ne se contente pas de marteler les thèmes régaliens qui lui sont chers : sécurité, identité, ordre. Il veut aussi replacer la justice sociale et l’écologie dans le corpus de droite. Il a récemment lancé une campagne d’adhésion « pour les honnêtes gens », plaidant pour une aide sociale plafonnée, afin de restaurer la valeur travail. Quant à l’écologie, elle est « celle du bon sens », réconciliée avec le progrès et la croissance, loin des dogmes décroissants.
Retailleau n’a jamais caché son ambition présidentielle, mais il avance à pas mesurés. En renforçant l’appareil, en rassurant les élus locaux, en mobilisant les militants, il prépare un terrain favorable, sans donner le sentiment de précipitation. La droite n’a pas gagné une élection majeure depuis près de deux décennies. Mais à en croire les soutiens de Retailleau, « une fenêtre de tir s’ouvre », dans un contexte de désaffection pour la macronie et d’incertitudes autour du Rassemblement national.
Le Conseil national de ce samedi n’est qu’une étape, mais elle est cruciale : c’est là que la droite de Retailleau s’installe comme une alternative crédible, organisée et, peut-être, bientôt conquérante.