Le procès d’Alfred Marie-Jeanne, figure historique de la politique martiniquaise, s’ouvre ce lundi 28 avril 2025 au tribunal judiciaire de Paris, après plus de dix ans d’enquête. À ses côtés sur le banc des prévenus : sa fille, Maguy Marie-Jeanne, et son gendre, Mark Frampton. Tous trois sont jugés pour « prise illégale d’intérêt », « faux » et « usage de faux » dans l’attribution d’un marché public pour la reconstruction d’une école à la Dominique dans les années 2000.
Un procès en famille autour d’une affaire de favoritisme
Né en 1936 à Rivière-Pilote, Alfred Marie-Jeanne est un monument du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM). Ancien maire, député, président de la Région puis de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), il a marqué de son empreinte la vie politique locale. C’est à l’époque où il dirigeait la Région que les faits présumés se sont produits. Selon l’accusation, il aurait favorisé un cabinet d’architectes lié à son gendre, dans le cadre de la reconstruction d’une école détruite par un séisme à la Dominique en 2004. À 88 ans et pour des raisons de santé, Alfred Marie-Jeanne ne sera pas présent à l’ouverture des audiences.
Aux côtés de l’ancien président de Région, sa fille Maguy Marie-Jeanne est également poursuivie. Diplômée des universités de Trinidad et du Québec, elle a longtemps occupé des postes stratégiques à la Région, notamment à la direction de la coopération internationale. Un rôle clé dans ce dossier, puisqu’elle aurait facilité le choix du cabinet d’architectes Anonym’art, auquel était associé son compagnon.
Le troisième prévenu, Mark Frampton, est au cœur des soupçons. Architecte dominiquais, consul honoraire de la Dominique à Fort-de-France et compagnon de Maguy Marie-Jeanne, il aurait bénéficié du soutien du conseil régional pour décrocher le marché public controversé. L’enquête met en cause des liens familiaux et professionnels étroits entre les prévenus, laissant supposer une entente pour favoriser leurs intérêts personnels.
Le procès s’annonce sensible, tant pour la symbolique qu’il incarne que pour la stature de l’accusé principal. Alfred Marie-Jeanne, qui a toujours revendiqué son intégrité, risque de voir son héritage politique durablement entaché par cette affaire.