En déplacement en Nouvelle-Calédonie, une délégation de députés issus de la majorité présidentielle a appelé à une mise en œuvre rapide et concrète de l’accord de Bougival, estimant que le territoire ne peut rester durablement dans l’attente d’un consensus politique total. À l’issue d’une mission de cinq jours ponctuée de rencontres institutionnelles, économiques et associatives, les parlementaires ont défendu la nécessité d’entrer dans une phase d’application, dans un contexte toujours fragilisé par les émeutes de 2024.
Parmi les élus présents figuraient Guillaume Kasbarian, député d’Eure-et-Loir et ancien ministre délégué chargé du Logement, Prisca Thevenot, députée des Hauts-de-Seine et ancienne porte-parole du gouvernement, ainsi qu’un troisième parlementaire du groupe Ensemble pour la République engagé sur les questions ultramarines. Tous ont porté un message commun : l’accord signé à l’été 2025 constitue, selon eux, un compromis politique abouti, destiné à être appliqué et non à servir de base à des renégociations permanentes.
Un accord jugé structurant malgré les oppositions
Les députés ont souligné la portée institutionnelle majeure de l’accord de Bougival, qui prévoit notamment la reconnaissance d’un État de la Nouvelle-Calédonie inscrit dans la Constitution française. À leurs yeux, ce texte représente l’aboutissement de longues négociations entre l’État, les non-indépendantistes et une partie des forces indépendantistes, et doit désormais servir de cadre de référence pour stabiliser durablement le territoire.
Sans minimiser le rejet exprimé par le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), les parlementaires estiment que l’opposition d’un acteur politique, aussi central soit-il, ne peut suffire à bloquer l’ensemble du processus institutionnel. Ils considèrent qu’après des années de tensions et de crises, la population calédonienne attend avant tout de la visibilité et des décisions claires.
Le corps électoral au cœur du débat démocratique
La question du gel du corps électoral, héritée des accords de Nouméa de 1998, a été largement abordée. Les députés macronistes ont exprimé leurs réserves sur un dispositif qu’ils jugent aujourd’hui difficilement conciliable avec les principes démocratiques, en ce qu’il exclut durablement une partie des résidents des scrutins provinciaux.
Conscients du caractère explosif du sujet ( la réforme du corps électoral ayant été l’un des déclencheurs des émeutes de mai 2024 ), ils appellent néanmoins à rouvrir le débat, estimant que le statu quo nourrit lui aussi frustrations et incompréhensions.
Reconstruction économique et vigilance budgétaire
Sur le plan économique, Prisca Thevenot a insisté sur la nécessité d’accompagner la reconstruction du territoire après les destructions liées aux émeutes, tout en appelant à une gestion rigoureuse des aides publiques. Si l’hypothèse d’une transformation de certains prêts de l’État en subventions n’est pas écartée, les élus estiment que la priorité immédiate doit rester la mise en œuvre effective des dispositifs déjà annoncés.
Le rôle central de Naïma Moutchou
Les députés ont également souligné l’importance de l’action menée par Naïma Moutchou, ministre déléguée chargée des Outre-mer, dans la poursuite du dialogue politique. Cette dernière a annoncé la tenue, le 16 janvier à l’Élysée, d’une réunion réunissant élus calédoniens, indépendantistes et non-indépendantistes, destinée à relancer les discussions autour de l’accord de Bougival et à clarifier les positions de chacun.
Pour la délégation parlementaire, cette politique constitue une étape décisive. Elle doit permettre de dépasser les blocages actuels et d’engager la Nouvelle-Calédonie dans une nouvelle phase institutionnelle.
Vers une sortie de l’incertitude
Pour Guillaume Kasbarian, Prisca Thevenot, Naïma Moutchou et leurs collègues, l’accord de Bougival représente un tournant historique qui ne saurait rester lettre morte. Sans exclure d’éventuels ajustements, ils estiment que le temps est désormais venu de traduire ce compromis en actes concrets, condition indispensable à la stabilité politique, à la reconstruction économique et à l’apaisement durable de la Nouvelle-Calédonie.