Le gouvernement a confirmé ce mercredi la suspension temporaire du dispositif MaPrimeRénov’, principale aide publique à la rénovation énergétique des logements. En cause : une explosion des demandes, des fraudes massives, et des retards administratifs. Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, assure toutefois un redémarrage du programme « avant la fin de l’année ».
Un succès… devenu ingérable
Créée en 2020 et élargie depuis, MaPrimeRénov’ est devenue un pilier de la politique énergétique française. Destinée à encourager la rénovation thermique des logements, en particulier pour les ménages modestes, elle connaît depuis le début de l’année une affluence record. Selon les chiffres communiqués par Éric Lombard au Sénat, le nombre de logements rénovés a triplé au premier trimestre 2025 par rapport à la même période en 2024.
Mais ce succès a ses revers : « Il y a un encombrement des dossiers et un excès de fraudes. Nous devons reprendre le contrôle, d’où la suspension », a justifié le ministre devant les sénateurs. Le ministère de l’Économie évoque 16.000 dossiers « suspicieux », soit 12 % des demandes en cours de traitement.
Des collectivités à bout de souffle
Cette surchauffe n’épargne pas les territoires. Plusieurs collectivités, dont la Meuse, l’Ardèche ou encore la métropole de Lyon, ont déjà épuisé leur enveloppe budgétaire dédiée à MaPrimeRénov’, affectée aux rénovations globales des logements des ménages précaires.
Début mai, sept collectivités locales ont adressé une lettre d’alerte au ministère du Logement, dénonçant une « situation de blocage » face à une explosion des demandes et à des crédits insuffisants alloués par l’Anah (Agence nationale de l’habitat).
Pas de coupes budgétaires… officiellement
Contrairement à certaines inquiétudes, Éric Lombard nie toute volonté de réaliser des économies déguisées. « Il ne s’agit pas de faire une économie en cachette. Le budget 2025 prévoit 3,6 milliards d’euros, et à ce jour seuls 1,3 milliard ont été consommés », a-t-il assuré.
Mais la suspension prévue dès juillet, selon des sources concordantes citées par Le Parisien et l’AFP, intervient alors que le gouvernement cherche à réduire les dépenses publiques de 40 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2025. Le ministère du Logement se contente pour l’instant d’annoncer des « mesures courant juin » pour mieux filtrer les dossiers et renforcer la détection des fraudes.
La stratégie pourrait notamment s’appuyer sur la loi antifraude adoptée fin mai, qui vise à mieux encadrer l’accès aux aides publiques et à automatiser certains contrôles.
Le monde du bâtiment vent debout
Du côté des professionnels de la rénovation et des associations, l’annonce fait l’effet d’une bombe. Le collectif Rénovons, qui réunit fédérations d’artisans, associations écologistes et acteurs du logement, parle d’un « non-sens total ».
« Suspendre une aide indispensable aux ménages modestes… parce qu’elle marche ? Ce gouvernement bascule dans l’absurde », s’insurge Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé Pierre. Il rappelle que 10.000 personnes meurent chaque année de froid dans leur logement et 5.000 de chaud.
Pour les professionnels, l’instabilité du cadre réglementaire fragilise une filière déjà sous tension. Jean-Christophe Repon, président de la Capeb (Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment), alerte : « Les entreprises artisanales ont besoin de visibilité et de stabilité. Le stop-and-go permanent met en danger leur trésorerie et l’emploi. »
Une reprise annoncée, mais encore floue
Éric Lombard l’assure : le dispositif sera réactivé avant fin 2025. Mais aucun calendrier précis n’a été communiqué. Selon une source au sein de l’administration, des arbitrages pour le budget 2026 sont en cours, et des ajustements réglementaires seront annoncés en juillet.
Le gouvernement joue donc une partie d’équilibriste, entre l’exigence de maîtrise budgétaire, la pression des collectivités, et la nécessité de tenir ses engagements climatiques. Le tout dans un contexte où la rénovation énergétique est censée être un des leviers majeurs de la stratégie bas carbone 2030.