Exclue du parti Les Républicains après son maintien au gouvernement Lecornu II, Rachida Dati n’a pas l’intention de se laisser écarter de la course aux municipales. À cinq mois du scrutin, la ministre de la Culture reste solidement en lice pour la mairie de Paris, forte d’une popularité intacte et du soutien d’une base militante de droite et du centre qui voit en elle la seule figure capable de reconquérir la capitale après vingt-cinq ans d’opposition.
L’annonce de son exclusion, dimanche 12 octobre, a pourtant fait l’effet d’une bombe au sein de la droite parisienne. En sanctionnant les six ministres issus de ses rangs qui ont rejoint le gouvernement, Bruno Retailleau pensait envoyer un message d’autorité. Mais cette décision a rapidement été relativisée par son entourage : « Cette mesure disciplinaire n’a rien à voir avec les investitures aux municipales », a précisé un proche du président de LR. Une manière habile de maintenir le cap politique sans se priver de son atout le plus crédible face à la gauche.
Une candidature devenue incontournable et soutenue par la droite et l’Élysée
En interne, nombreux sont les cadres à reconnaître qu’aucune alternative sérieuse n’existe. « A-t-on un autre candidat ? », s’interroge un proche de Retailleau. La réponse, unanime, est non. Michel Barnier, désormais député de Paris, un temps évoqué comme plan B, a démenti toute ambition municipale. Et Catherine Dumas, sénatrice LR de Paris, n’a pas mâché ses mots : « Rachida Dati est la seule, aujourd’hui à droite, qui peut nous faire gagner. Après vingt-cinq ans d’opposition, notre électorat parisien n’accepterait pas que l’on se divise. »
Mais au-delà de la droite, Rachida Dati bénéficie d’un soutien plus large, jusqu’au la macronie. L’Élysée voit en elle la seule candidate capable de fédérer au-delà des clivages partisans. Proche de Brigitte Macron, dont elle est une amie, la ministre de la Culture est aussi, selon plusieurs sources gouvernementales, la préférée d’Emmanuel Macron pour incarner une alliance LR-Renaissance-Modem à Paris. Le chef de l’État, convaincu de son ancrage populaire, verrait d’un bon œil une candidature unique de la majorité présidentielle autour de Dati. Son soutien officiel par Renaissance et le MoDem devrait d’ailleurs être annoncé dans les jours à venir.
Sur le terrain, la maire du VIIe arrondissement continue d’avancer. Tracts en main, elle multiplie les rencontres de quartier et les réunions publiques. Sa campagne, déjà bien rodée, bénéficie d’un ancrage solide dans plusieurs arrondissements clés. Ses soutiens estiment que son profil, à la fois populaire, énergique et issu de la droite républicaine, peut rallier au-delà des étiquettes partisanes.
La stratégie de Lr consiste désormais à temporiser. En décorrélant la mesure d’exclusion du processus d’investiture, Les Républicains évitent une crise ouverte avec leurs militants parisiens. D’autres élus rappellent que le soutien à Dati reste, dans les faits, acquis. « On n’investit pas que des encartés LR aux municipales », rappelle l’entourage de Bruno Retailleau, qui souhaite maintenir la cohésion d’un camp déjà affaibli.
Face à elle, la concurrence peine à exister. Le Haut commissaire au plan, Clément Beaune, tente d’imposer l’idée d’une candidature Renaissance, mais son initiative divise le camp macroniste. Le député Horizons Pierre-Yves Bournazel espère une alliance, sans convaincre. Quant à la gauche, elle reste fragmentée entre les ambitions d’Anne Hidalgo, en retrait, et celles d’Emmanuel Grégoire, encore peu connu des électeurs.
Rachida Dati, elle, semble jouer une partition bien rodée : rester ministre pour conserver sa visibilité, tout en consolidant son image de candidate de terrain. Une stratégie payante, selon un proche : « Elle se moque des querelles d’appareils. Ce qui compte pour elle, c’est l’adhésion des électeurs. » Et malgré les remous internes, la ministre de la Culture avance, sûre d’une chose : à Paris, la droite (et désormais une partie de la majorité présidentielle) n’a toujours qu’un seul visage capable de faire basculer la capitale.