À la veille de son 81e anniversaire, Boualem Sansal demeure emprisonné à Alger, victime d’un pouvoir qui redoute la vérité de ses mots. Ce mardi 6 mai, l’Assemblée nationale française s’est levée pour rappeler que les écrivains n’ont pas leur place dans une cellule, mais dans la mémoire des peuples libres. Portée par la députée Constance Le Grip, une proposition de résolution appelant à la libération immédiate du romancier franco-algérien a été votée à une large majorité.
Un appel vibrant à la justice et à la fraternité
Au cœur de cette mobilisation : la lettre bouleversante de ses deux filles, Sabeha et Nawel Sansal, lue dans l’hémicycle. « Notre père est en prison pour avoir refusé de se taire », écrivent-elles, dénonçant l’acharnement dont est victime l’auteur du Serment des barbares, incarcéré depuis plus de 170 jours en dépit de son âge et d’un cancer en phase avancée. Les mots des deux jeunes femmes ont réveillé les consciences : « Vous allez faire résonner dans le silence des geôles la force du mot fraternité. »
Une ovation a salué cette prise de parole. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, présent dans l’hémicycle, a rappelé le soutien du gouvernement français. Quant aux députés, ils ont voté massivement (307 voix pour) cette résolution, malgré le refus de LFI et l’abstention des communistes. Seule une France fidèle à ses valeurs peut s’ériger en protectrice des droits fondamentaux.
Un écrivain pris au piège du pouvoir algérien
Boualem Sansal est accusé en Algérie d’« atteinte à l’intégrité du territoire », pour avoir évoqué dans un entretien le découpage colonial des frontières avec le Maroc. Une parole d’écrivain transformée en crime d’État. Derrière cette détention arbitraire se cache la volonté du régime de réduire au silence l’un des derniers écrivains libres du Maghreb, dont les romans dénoncent depuis des années la dérive autoritaire et l’emprise islamiste.
Sa détention, qui survient dans un climat tendu entre Paris et Alger, est un test pour les démocraties occidentales. En saluant la mémoire vivante d’un homme de lettres, l’Assemblée française a montré que l’honneur de la République réside aussi dans sa capacité à défendre ceux qui parlent au nom de la liberté. À présent, il reste à espérer que cet acte fort pèse sur la diplomatie, et qu’un homme dont les seuls crimes sont d’écrire et de penser puisse enfin recouvrer la liberté.