La traditionnelle promotion civile de la Légion d’honneur du 14 juillet, publiée ce dimanche au Journal officiel, distingue cette année 589 personnes, issues de tous les horizons, « s’investissant pour l’intérêt général », selon les mots de la Grande Chancellerie. Instituée par Napoléon Bonaparte en 1802, la Légion d’honneur est la plus haute distinction honorifique française.
Des profils très diversifiés
Dans cette nouvelle promotion, 497 chevaliers, 68 officiers, 18 commandeurs, 4 grands officiers et 2 grand’croix ont été nommés. Parmi eux, de nombreuses figures de la culture, de la politique, des sciences et de la société civile.
L’historienne Mona Ozouf, grande spécialiste de la Révolution française et de la pensée républicaine, a été élevée à la dignité de grand’croix. Agrégée de philosophie, ancienne directrice de recherche au CNRS, elle a notamment publié Composition française (Gallimard, 2009) et Les mots des femmes (2019).
Autre personnalité promue à la plus haute distinction : Pierre Mazeaud, alpiniste chevronné et président du Conseil constitutionnel de 2004 à 2007. Il rejoint Mona Ozouf au sommet de l’ordre.
Gisèle Pelicot : du silence imposé à la reconnaissance nationale
Le nom de Gisèle Pelicot, aujourd’hui chevalier de la Légion d’honneur, incarne la résistance féministe et judiciaire. Cette Française, inconnue du grand public jusqu’en 2024, avait bouleversé le pays en brisant le huis clos lors du procès pour viols qu’elle a intenté contre son ancien mari et plusieurs hommes. Refusant l’effacement, elle est devenue un symbole mondial du combat contre les violences sexuelles, notamment sous emprise chimique.
Les arts et la culture mis à l’honneur
La sphère culturelle est largement représentée dans cette promotion. Sont faits chevaliers, Marc Levy, écrivain populaire, auteur de Et si c’était vrai…, traduit dans 50 langues, Sophia Aram, humoriste, Jean-Louis Aubert, ex-leader du groupe Téléphone, Léa Drucker, comédienne césarisée, Andrei Makine, membre de l’Académie française, prix Goncourt 1995, ou encore Pharrell Williams.
Sont promues commandeurs : Catherine Lara et Sylvie Vartan, icône de la chanson française et ambassadrice de l’enfance défavorisée.
Politiques, scientifiques, résistants : une mosaïque d’engagements
Côté politique, plusieurs anciens ministres sont faits chevaliers : Éric Dupond-Moretti, ex-garde des Sceaux, Stanislas Guerini, Stéphane Le Foll et Olivier Véran.
Bruno Le Maire et l’ancien secrétaire général de l’Élysée Alexis Kohler accèdent quant à eux au grade d’officier.
Dans les sciences, Françoise Combes, astrophysicienne et professeure au Collège de France, est promue commandeur pour ses travaux sur la matière noire et la structure de l’univers.
Enfin, Yvette Lévy, ancienne résistante et survivante du camp d’Auschwitz, est élevée au rang de grand officier, à 98 ans. Elle continue de témoigner auprès des jeunes générations.
Une ouverture élargie aux initiatives citoyennes
À noter que cette promotion met à l’honneur 20 personnes issues de la « voie citoyenne », un canal de nomination réactivé en 2025 et mis en place initialement en 2008 par Nicolas Sarkozy. Il permet à des citoyens, souvent éloignés des circuits institutionnels, d’être décorés sur la base de candidatures directes examinées par la Grande Chancellerie. Parmi eux : des enseignants, médecins de terrain, élus locaux ou responsables associatifs.
Rappel historique et chiffres clés
La Légion d’honneur, régie par le Code de la Légion d’honneur (décret du 28 novembre 1962), compte environ 77 000 membres vivants, répartis selon cinq grades : chevalier, officier, commandeur, grand officier, grand’croix.
Deux promotions civiles sont publiées chaque année, en janvier et juillet, auxquelles s’ajoutent deux promotions militaires. La dernière promotion de janvier 2025 avait notamment distingué les artisans et acteurs de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, rouverte au public le 8 décembre 2024 après cinq années de travaux spectaculaires.