Le pape Léo XIV relance la tradition des vacances d’été — mais avec une pile de dossiers à traiter
Le pape Léo XIV relance la tradition des vacances d’été — mais avec une pile de dossiers à traiter

Le pape Léon XIV, élu en mai dernier, entame cette semaine une retraite estivale de six semaines à Castel Gandolfo, relançant une tradition papale abandonnée depuis plus d’une décennie. Mais malgré le calme du lac Albano et la douceur des nuits étoilées, le nouveau souverain pontife ne compte pas chômer : il emporte avec lui une série de dossiers brûlants qui pèseront lourdement sur les débuts de son pontificat.

Discret et peu porté sur les projecteurs, Léon XIV s’est déjà distingué par un style sobre et effacé, contrastant avec ses prédécesseurs. À 69 ans, cet ancien missionnaire augustinien, premier pape américain de l’histoire, se veut un gestionnaire méthodique, désireux de lire les rapports dans leur intégralité plutôt que de se contenter des résumés exécutifs. Ces prochaines semaines, entre quelques messes privées et promenades dans les jardins, il devrait se plonger dans une lecture attentive de plusieurs dossiers stratégiques.

Parmi les priorités figurent les grandes nominations à venir, dont celle de son successeur à la tête du dicastère chargé des nominations épiscopales, ainsi que la désignation d’un nouveau secrétaire d’État, un poste actuellement encore occupé par le cardinal Pietro Parolin. Ces décisions détermineront l’orientation politique et diplomatique du Saint-Siège pour les années à venir.

Autre chantier urgent : les finances du Vatican. Confronté à un déficit structurel estimé entre 50 et 60 millions d’euros, et à un trou d’un milliard dans le fonds de pension, Léo XIV devra rapidement proposer une stratégie de redressement. Une tâche délicate, d’autant plus que son prédécesseur, François, avait entamé des réformes ambitieuses mais incomplètes.

Le pape devra également affronter les séquelles laissées par des scandales d’abus. Il a déjà nommé un nouveau responsable à la tête de la commission de protection des mineurs, l’évêque français Thibault Verny, signalant une volonté de réforme. Mais c’est le cas explosif du père Marko Rupnik, célèbre artiste accusé d’abus spirituels et sexuels sur des religieuses adultes, qui pourrait bien être le premier test majeur de son pontificat. En juin, le Vatican a finalement désigné des juristes externes pour réexaminer l’affaire, jusque-là gelée sous François.

À cela s’ajoute le dossier sensible du cardinal Angelo Becciu, reconnu coupable de délits financiers dans le cadre du procès dit « du siècle » au Vatican. Son statut reste flou, et Léon XIV devra choisir entre maintenir la distance pour préserver l’indépendance du tribunal, ou intervenir pour trancher politiquement un cas qui continue de diviser.

Autre sujet explosif : la messe en latin. Très critiqué par les traditionalistes pour ses restrictions en 2021, François avait provoqué un schisme liturgique latent. De nombreuses voix, dont celle du cardinal Raymond Burke, espèrent que Léon XIV restaurera les permissions élargies instaurées par Benoît XVI. Le nouveau pape, qui se présente comme un artisan de réconciliation et d’unité, pourrait être tenté d’apaiser les tensions.

Enfin, Léon XIV réfléchit à sa première grande visite à l’étranger. Il envisage de se rendre en Turquie à l’automne pour commémorer les 1 700 ans du concile de Nicée. D’autres invitations ont été lancées, notamment par les États-Unis, l’Ukraine, l’Argentine, que François n’a jamais visitée, et même son ancien diocèse de Chiclayo, au Pérou.

Les habitants de Castel Gandolfo, eux, se réjouissent déjà du retour d’un pape en résidence estivale, une image qui leur avait manqué depuis douze ans. Le cadre, propice à l’introspection, semble taillé pour un pape qui, tout en se tenant à distance du bruit médiatique, prépare minutieusement les fondations de son action.

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