Lors d’une allocution prononcée à Évreux le 6 novembre, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a tiré la sonnette d’alarme sur l’état des forces aériennes françaises. Face à l’intensification des missions et à la multiplication des menaces, il estime que la flotte actuelle ne permet plus d’assurer durablement le niveau d’engagement requis. La France compte aujourd’hui 185 avions de combat (Rafale et Mirage 2000), auxquels s’ajoutent 41 Rafale pour la Marine nationale. Un chiffre jugé trop faible par le haut commandement, qui plaide pour atteindre à moyen terme un parc de 230 appareils. « Nous ne pouvons pas tenir longtemps dans ces conditions. Nos avions volent trop, nos équipages sont épuisés et la maintenance devient critique », aurait confié le général Bellanger, selon des propos relayés par plusieurs médias.
Une flotte sursollicitée et un budget en hausse
Les appareils de l’armée de l’Air subissent une surcharge d’utilisation estimée à plus de 15 %, conséquence directe des opérations menées en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et en Afrique. Cette usure accélérée fragilise la capacité française à soutenir un engagement prolongé sans affecter la sécurité des missions. Pour répondre à ce défi, le gouvernement a prévu une hausse de 13 % du budget des armées en 2026, portant celui-ci à 57,1 milliards d’euros. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a évoqué l’achat de 30 Rafale supplémentaires, dont 20 pour l’armée de l’Air et 10 pour la Marine. L’objectif est de répartir plus équitablement la charge opérationnelle et de moderniser progressivement le parc vieillissant.
Un tournant stratégique pour la défense aérienne
Cette montée en puissance vise autant à renforcer la défense du territoire qu’à garantir la participation française aux opérations de l’OTAN et aux missions extérieures. Le général Bellanger a rappelé que les priorités demeuraient la dissuasion nucléaire, la supériorité aérienne et la capacité à frapper loin tout en restant autonome. Parallèlement, une réflexion est engagée sur le développement d’un missile aérobalistique destiné à contrer les systèmes anti-aériens de nouvelle génération. Les récents déploiements de Rafale en Pologne, chargés d’intercepter des drones russes en infraction dans l’espace européen, ont démontré la nécessité de maintenir un haut niveau technologique. À l’heure où la tension internationale s’accroît, cette alerte publique traduit une inquiétude plus large au sein des armées françaises : celle d’un outil militaire performant mais sous-dimensionné, obligé de faire toujours plus avec toujours moins.