La décision de mettre en berne les drapeaux français samedi 26 avril, jour des obsèques du pape François, continue d’alimenter une vive polémique. Plusieurs élus de gauche, de La France insoumise au Parti communiste, ont dénoncé une entorse à la laïcité, critiquant une « confusion des genres » entre hommage national et cérémonie religieuse. Alexis Corbière, ancien député insoumis, s’est déclaré « en total désaccord » avec cette mesure, affirmant que « la République n’a pas à s’immiscer dans des cérémonies religieuses ». Sur X, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a fustigé un « geste honteux pour notre République laïque », pointant les positions du pape François sur l’avortement ou l’accueil des migrants.
Ces critiques reposent pourtant sur une méconnaissance flagrante des usages républicains. Le pape n’est pas seulement le chef spirituel de l’Église catholique : il est aussi le chef d’État du Vatican. À ce titre, sa disparition relève des relations diplomatiques internationales. À la mort de Jean-Paul II en 2005, ou de la reine Élisabeth II en 2022, la France avait déjà mis ses drapeaux en berne. Ce geste symbolique ne relève pas d’une adhésion religieuse, mais d’un hommage protocolaire à une figure d’envergure mondiale.
Une confusion entre laïcité et déracinement culturel
La gauche radicale semble confondre la neutralité de l’État et l’effacement de toute mémoire historique ou culturelle. Car si la République est laïque, la France, elle, est née d’un long héritage chrétien, qui traverse ses paysages, son architecture, ses fêtes et sa langue. Le pape François, en plus d’être une figure religieuse, était aussi un homme d’État et un acteur du dialogue international, salué bien au-delà des cercles catholiques. Le nier sous prétexte de défendre une laïcité « stricte » revient à effacer des pans entiers de l’identité française.
Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a d’ailleurs rappelé que « l’émotion est mondiale » et que la figure du pape suscitait un « respect universel ». En Argentine, au Portugal, en Espagne ou en Italie, plusieurs jours de deuil national ont été décrétés. En France, où le catholicisme reste la religion majoritaire, et où les symboles chrétiens sont partout, il est normal que la nation, sans se départir de sa neutralité, rende hommage à un chef d’État défunt.
Il faut aussi noter que cette indignation est à géométrie variable. On ne se souvient pas des mêmes élus protestant à la mise en berne des drapeaux pour les funérailles de la reine Élisabeth II, ou lors de la disparition de grandes figures du monde musulman. C’est donc moins une affaire de principes qu’un réflexe idéologique, voire une volonté de rupture avec l’héritage historique du pays. Comme si, pour une certaine gauche, la République ne pouvait plus coexister avec la moindre expression de mémoire chrétienne.