"Je t’emmerde", "digne de l’URSS"... : week-end de chaos chez Les Républicains qui se déchirent sur la participation ou non au gouvernement Lecornu 2
"Je t’emmerde", "digne de l’URSS"... : week-end de chaos chez Les Républicains qui se déchirent sur la participation ou non au gouvernement Lecornu 2

Samedi 11 octobre restera comme une journée de chaos chez Les Républicains. Alors que Sébastien Lecornu, fraîchement reconduit à Matignon, s’efforçait de bâtir son gouvernement, le parti de Bruno Retailleau s’est enfoncé dans une guerre interne d’une rare intensité. Entre accusations, insultes, réunions sous tension et fractures entre députés et sénateurs, la droite républicaine s’est déchirée sur la question de sa participation (ou non) au nouveau gouvernement.

Tout a commencé dès le matin, lorsque Vincent Jeanbrun, député du Val-de-Marne, s’est rendu à L’Haÿ-les-Roses dans sa circonscription pour accueillir le Premier ministre Sébastien Lecornu dans sa ville. Ce geste de courtoisie lui a valu un violent rappel à l’ordre de Bruno Retailleau. « Ce qui s’est passé ce matin, c’est digne de l’URSS », s’est-il indigné dans la soirée, lors d’une réunion en visioconférence avec ses collègues députés LR. Le ton était donné : la méfiance et la colère régnaient déjà entre les deux camps – les partisans d’un soutien loyal à Lecornu, menés par Laurent Wauquiez, et ceux d’un refus catégorique de toute compromission, derrière Retailleau, pour l’heure toujours ministre de l’Intérieur.

“Je t’emmerde” et menaces de rupture

La tension a culminé en fin d’après-midi. Selon plusieurs sources parlementaires, la réunion du bureau politique s’est achevée dans un climat délétère. Des échanges d’une rare brutalité ont opposé les ténors du parti. Julien Aubert, vice-président de LR, a lancé un retentissant « Je t’emmerde » à un collègue, le député Jean-Pierre Taite, après un débat houleux sur la participation au gouvernement. « Les députés en ont ras-le-bol de se faire imposer des positions », a confié un proche participant à la réunion. Plusieurs élus ont d’ailleurs quitté la visioconférence avant même la conclusion, dénonçant “un parti coupé de sa base et de la réalité du terrain”.

Dans les faits, les sénateurs et eurodéputés ont suivi la ligne de Bruno Retailleau : soutien sans participation. Les députés, eux, majoritairement menacés par une éventuelle dissolution, défendaient une approche plus conciliante. « Nous devons donner un budget à la France, pas précipiter le pays dans le chaos », a insisté le patron des députés LR Laurent Wauquiez, tentant de calmer les esprits. Mais l’apaisement fut de courte durée.

Un parti fracturé entre deux droites

La fracture est désormais claire. D’un côté, les élus du Sénat et du Parlement européen, peu exposés politiquement, refusent tout rapprochement avec le macronisme. De l’autre, les députés, soucieux d’éviter une dissolution qui pourrait profiter au Rassemblement national, plaident pour un accompagnement pragmatique du gouvernement Lecornu. « Rien à foutre de la ligne, je suis député, je vote ce que je veux », aurait lâché un parlementaire, exaspéré par la rigidité de la direction.

Bruno Retailleau, dans une lettre aux adhérents, a tenté de reprendre la main : « Votre voix doit pouvoir s’exprimer et votre choix devra être respecté. Ne pas participer ne signifie pas censurer », écrit-il, insistant sur le refus d’un « macronisme finissant ». Il promet une consultation interne pour valider la décision du bureau politique, espérant calmer la fronde.

Le fantôme de la guerre des chefs

En coulisses, la rivalité entre Wauquiez et Retailleau ressurgit. Le premier, chef du groupe des députés Droite Républicaine, continue de plaider pour une ligne plus ouverte. Le second, président du parti, défend la pureté idéologique et la reconstruction d’une droite « de rupture ». “On rejoue Balladur contre Chirac”, ironise un sénateur LR. Même Éric Ciotti, ancien président de LR, désormais allié du RN, a profité de la crise pour lancer un appel aux dissidents : « Vous serez accueillis à l’UDR avec bienveillance. »

La journée s’est terminée sans véritable issue, sinon une victoire apparente de Retailleau, qui a obtenu le vote d’un « soutien texte par texte » au gouvernement Lecornu. Mais la base gronde, les députés refusent de se sentir liés par cette ligne, et les Jeunes Républicains, par la voix de leur président, Théo Am’Saadi, ont exigé que le parti « refuse toute compromission ».

Les Républicains ressortent donc exsangues d’une journée censée clarifier leur position. Ni dans l’opposition frontale, ni dans la majorité, ils s’enfoncent dans une ambiguïté qui pourrait bien les faire imploser. Une chose est sûre : samedi 11 octobre, la droite n’a jamais semblé aussi loin de parler d’une seule voix.

Que retenir rapidement ?

Samedi 11 octobre restera comme une journée de chaos chez Les Républicains. Alors que Sébastien Lecornu, fraîchement reconduit à Matignon, s’efforçait de b

Partager