Le président Emmanuel Macron a convoqué vendredi mercredi un Conseil de défense exceptionnel à l’Élysée pour examiner un rapport confidentiel sur l’influence des Frères musulmans en France. Ce document, jugé “alarmant” par les autorités, met en lumière une stratégie d’“entrisme par le bas” visant à infiltrer des secteurs clés tels que l’éducation, les associations sportives et les collectivités locales, menaçant ainsi la cohésion nationale.
Des mesures attendues d’ici juin
Face à la gravité des constats, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement dirigé par François Bayrou de formuler de nouvelles propositions, qui seront examinées lors d’un prochain Conseil de défense début juin. L’Élysée a annoncé que le rapport serait rendu public d’ici la fin de la semaine.
Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a esquissé devant le Sénat plusieurs pistes, notamment la création d’un “parquet administratif” au sein de son ministère pour faciliter les dissolutions d’associations et les mesures d’entrave administrative. Il a également évoqué la désignation d’un “chef de file” en matière de renseignement pour coordonner la lutte contre l’islamisme politique.
Une proposition controversée sur le voile
Gabriel Attal, président du parti Renaissance et ancien Premier ministre, a proposé d’interdire le port du voile dans l’espace public pour les mineures de moins de 15 ans, estimant que cela “porte gravement atteinte à l’égalité entre les sexes et à la protection de l’enfance”. Il souhaite également criminaliser la contrainte parentale imposant le port du voile.
Cette proposition a suscité de vives réactions. Le sénateur écologiste Guillaume Gontard a dénoncé une mesure “contraire à la laïcité et aux lois de 1905”, accusant Attal de “stigmatiser une seule religion”. De son côté, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a fustigé sur le réseau X une “franchissement de seuil” de l’islamophobie, accusant le Conseil de défense de légitimer les thèses de l’extrême droite.
Réactions des organisations musulmanes
La Fédération des Musulmans de France, identifiée dans le rapport comme la “branche nationale” des Frères musulmans, a rejeté ces accusations, les qualifiant d’“infondées” et mettant en garde contre des “amalgames dangereux” . Le Conseil français du culte musulman a exprimé sa “profonde inquiétude” face aux “possibles dérives et instrumentalisations” des données du rapport, soulignant l’absence de définitions claires des concepts utilisés.
Un débat politique polarisé
À droite, Xavier Bertrand (LR) a appelé à une “offensive républicaine” contre les islamistes, tandis que Jordan Bardella (RN) a demandé l’interdiction des Frères musulmans et la remise en cause de la convention fiscale avec le Qatar, accusé de financer le mouvement. À gauche, François Ruffin a critiqué l’“opportunisme” de Gabriel Attal, tout en reconnaissant que le rapport contenait des éléments pertinents sur la nécessité d’une action de terrain de longue haleine .
Le rapport recommande également des “signaux forts et positifs” à destination de la communauté musulmane, tels que la facilitation des carrés confessionnels dans les cimetières, l’apprentissage de l’arabe à l’école et une position équilibrée sur le conflit israélo-palestinien.
Le gouvernement s’est engagé à présenter des mesures concrètes d’ici début juin, dans un contexte où les tensions autour de la laïcité et de l’islamisme politique continuent de polariser le débat public.