FAST-CHECKING - Pouvoir d’achat : les retraités vivent-ils vraiment mieux que les actifs ?
FAST-CHECKING - Pouvoir d’achat : les retraités vivent-ils vraiment mieux que les actifs ?

Le débat enfle au sommet de l’État comme dans les dîners de famille : les retraités ont-ils aujourd’hui un niveau de vie supérieur à celui des actifs ? Le ministre de l’Économie Éric Lombard, en quête de 40 milliards d’euros d’économies pour le budget 2026, n’a pas hésité à évoquer la suppression de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités. Selon lui, les seniors vivent mieux que les salariés et doivent contribuer à l’effort national. Une affirmation qui fait bondir une partie de la population, convaincue que les retraités peinent à joindre les deux bouts. Alors, qui dit vrai ? Enquête en cinq points.

Des revenus proches, mais un avantage caché : le logement

Selon le Conseil d’orientation des retraites, en 2021, le niveau de vie moyen des retraités atteignait 2.188 euros mensuels, contre 2.218 euros pour l’ensemble de la population et 2.428 euros pour les seuls actifs. Des chiffres bruts, certes, mais trompeurs. En effet, les retraités sont massivement propriétaires de leur logement : 73 % des plus de 70 ans, contre moins de 20 % des moins de 30 ans. Cette situation réduit considérablement leurs charges mensuelles, leur laissant une capacité de consommation bien supérieure à celle d’un actif locataire.

Ce que révèlent aussi les chiffres, c’est que les retraités ne se contentent pas de dépenser moins, ils épargnent davantage. En moyenne, une personne de plus de 70 ans met de côté 8.657 euros par an, soit près de 25 % de ses revenus. C’est trois fois plus que les 30-39 ans. Et ils savent en profiter : 70 % des retraités partent en vacances au moins une fois par an, pour un budget moyen de 2.230 euros, là encore le plus élevé de toutes les classes d’âge.

Moins exposés à la pauvreté que les jeunes actifs

Autre fait peu connu : les retraités sont, en proportion, moins pauvres que la population générale. Malgré l’existence de petites retraites, ils représentent l’une des catégories les moins touchées par la précarité. Un paradoxe qui s’explique par le cumul d’une pension régulière, d’un patrimoine conséquent et de faibles charges. Une réalité difficile à entendre pour de nombreux actifs confrontés à la hausse des loyers, au coût des enfants, et à l’absence de perspectives patrimoniales.

Mais tout n’est pas si rose pour autant. Sur les vingt dernières années, les pensions de base ont été revalorisées de 29,8 %, quand l’inflation atteignait 39 %. Résultat : une perte de pouvoir d’achat réelle de près de 10 %, accentuée à plus de 12 % si l’on tient compte de l’inflation tabac incluse. Pire : les pensions complémentaires, censées amortir cette baisse, ont été gelées plusieurs années de suite. Une réalité qui touche surtout les retraités les plus modestes, souvent sans patrimoine, et fragilise l’image d’une génération dorée.

Un effort fiscal symbolique ou une injustice ?

Faut-il alors supprimer l’abattement fiscal des retraités, instauré en 1978 ? La mesure pourrait rapporter 4 milliards d’euros par an, selon le président du COR, Gilbert Cette, tout en épargnant les plus petites pensions. Mais elle soulève une question plus large : à qui faire porter l’effort budgétaire ? À une génération qui a largement capitalisé sur l’ascenseur social, ou aux jeunes actifs surendettés, précarisés, et lestés par la dette publique ?

Le débat est lancé, et il est loin d’être clos. Mais une chose est sûre : le niveau de vie des retraités, s’il n’a pas toujours progressé, reste aujourd’hui globalement supérieur à celui des jeunes actifs. Une situation qui justifie, dans un esprit de justice intergénérationnelle, que la question de leur participation à l’effort collectif soit posée. Sans tabou.

Partager