Drogue : la France muscle son alliance avec le Pérou face aux cartels latino-américains
Drogue : la France muscle son alliance avec le Pérou face aux cartels latino-américains

Longtemps dans l’ombre de la Colombie ou du Mexique, le Pérou s’impose désormais comme une plaque tournante du trafic mondial de cocaïne. Deuxième producteur mondial, ce pays andin attire aujourd’hui les cartels du continent, qui s’y implantent durablement pour acheminer leur marchandise vers l’Europe, notamment via les ports de Callao et de Paita, considérés comme les principales sorties maritimes de la cocaïne sud-américaine. Face à cette évolution, la France renforce ses liens sécuritaires avec Lima. Un officier de liaison sera affecté dès septembre à l’ambassade de France au Pérou, où il viendra compléter l’action entamée dès 2022 par l’Office anti-stupéfiants (Ofast) et ses experts en renseignement. À cela s’ajoutent l’envoi d’un officier à l’agence antidrogue péruvienne Devida, et la mise à disposition de chiens détecteurs de drogue pour la police locale. Le ministère de l’Intérieur entend ainsi appuyer les efforts de contrôle, notamment dans les ports secondaires, encore trop vulnérables.

Un carrefour stratégique vers l’Europe

Cette coopération franco-péruvienne s’intègre à un dispositif plus vaste, incluant les États-Unis et Europol. Outre les missions sur le terrain, des échanges de renseignements sur les communications cryptées des réseaux criminels sont désormais réguliers. L’Europe envisage même la création d’une task force conjointe regroupant des enquêteurs péruviens et des policiers de plusieurs pays européens. Cette montée en puissance s’explique par la dynamique du trafic : en 2023, le Pérou comptait 93 000 hectares de cultures de coca, dont l’immense majorité dédiée à la production de cocaïne. La Dirandro estime que plus de 900 tonnes de drogue ont été produites en 2024, tandis que les saisies ont bondi de 72 % sur un an. Près de 1 000 laboratoires de transformation ont été démantelés, mais le flux reste massif. Les narcotrafiquants, attirés par des coûts plus bas qu’en Colombie, y importent désormais leur pâte base pour la transformer localement. Le phénomène s’étend également aux drogues de synthèse : plus de 6 000 doses de fentanyl ont été saisies à Lima début 2024, signe que le pays devient aussi un atelier de production pour les opioïdes.

La guerre des cartels ensanglante le Pérou

Cette intensification du trafic va de pair avec une explosion de la violence. Deux barons locaux du narcotrafic ont été assassinés en 2023, et trois districts, dont deux à Lima, ont été placés en état d’urgence. Les homicides ont bondi de 35 % en un an. L’Ofast dresse un tableau préoccupant : des cartels péruviens (Los Pulpos, Sendero Luminoso) s’affrontent désormais avec des groupes vénézuéliens (Tren de Aragua), colombiens (ex-FARC, Comandos de la Frontera), brésiliens (Comando Vermelho) et mexicains (Jalisco Nueva Generacion). Le million de réfugiés vénézuéliens constitue un réservoir de main-d’œuvre pour les cartels, qui recrutent des sicarios dans les quartiers pauvres de Lima et des grandes villes. Pour la France comme pour l’Europe, le Pérou représente désormais un enjeu majeur dans la lutte contre les drogues. Et cette coopération renforcée pourrait bien servir de modèle dans d’autres foyers émergents du narcotrafic.

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