BUCAREST — La Roumanie s’est dotée mardi d’un Premier ministre intérimaire, au lendemain de la démission de Marcel Ciolacu, conséquence directe de l’élimination de son candidat à la présidentielle dès le premier tour. Cette décision marque une nouvelle secousse politique dans un pays déjà fragilisé par des mois d’instabilité institutionnelle.
L’intérim du gouvernement a été confié à Catalin Predoiu, actuel ministre de l’Intérieur et membre du Parti national libéral (PNL), selon un décret signé par le président par intérim Ilie Bolojan. Cette fonction transitoire, qui ne peut excéder 45 jours, confère des pouvoirs limités à son titulaire, dans l’attente de la formation d’un nouveau gouvernement.
La nomination de Predoiu survient au lendemain d’un revers électoral cinglant pour la coalition au pouvoir, dont le candidat Crin Antonescu est arrivé en troisième position à l’élection présidentielle de dimanche. Le scrutin, organisé après l’invalidation du précédent par la Cour constitutionnelle pour irrégularités et soupçons d’ingérence russe, a été marqué par une forte poussée des candidats anti-système. Le Kremlin a nié toute implication.
Le nationaliste radical George Simion, chef de file de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), est arrivé en tête et affrontera au second tour le maire de Bucarest, Nicusor Dan, un réformiste pro-européen. Cette confrontation, prévue le 18 mai, pourrait bouleverser les orientations géopolitiques de ce pays membre de l’Union européenne et de l’OTAN.
S’exprimant après sa prise de fonctions, Predoiu a affirmé que la Roumanie « doit rester une démocratie résiliente, ancrée dans les valeurs euro-atlantiques ». De son côté, Marcel Ciolacu a justifié sa démission en déclarant qu’« au lieu d’attendre d’être remplacé par le futur président, j’ai choisi de partir ». Il a reconnu que la coalition gouvernementale, déjà fragilisée, avait perdu « toute crédibilité » après l’échec de son candidat.
Formée en décembre dernier à la suite de l’élection annulée, cette coalition regroupe le Parti social-démocrate (PSD, gauche), le PNL (centre-droit), l’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) et les représentants des minorités nationales. Pour la deuxième fois depuis la chute du communisme, le PSD ne sera pas représenté au second tour d’une présidentielle.
Le contexte économique morose — forte inflation, déficit public élevé, croissance ralentie — alimente un profond rejet des partis traditionnels. Cette défiance bénéficie aux figures nationalistes et populistes, à l’instar de Simion, 38 ans, qui prône les valeurs de « nation, famille, foi et liberté ».
Face à lui, Nicusor Dan, 55 ans, mathématicien et ex-militant anticorruption, fondateur de l’Union Sauvez la Roumanie (USR), mise sur une campagne centrée sur l’État de droit et l’intégration européenne. « Un second tour difficile nous attend face à un candidat isolationniste », a-t-il prévenu lundi.