Alors que débute le 107e Congrès des maires de France Porte de Versailles, un constat s’impose : les Outre-mer ne sont plus seulement des territoires en souffrance, mais le miroir grossissant des crises que la métropole vit désormais de plein fouet. Insécurité, immigration, narcotrafic, tensions institutionnelles, effondrement des services publics… Tout ce qui menace aujourd’hui l’Hexagone sévit depuis longtemps dans ces territoires que l’État continue de traiter comme de simples périphéries.
« Faire des Outre-mer une priorité n’est pas une faveur, c’est un devoir républicain »
La publication, ce mardi, d’une tribune signée par soixante-dix personnalités ultramarines dans Le Monde, est venue rappeler la gravité de la situation. Selon ses auteurs, les Outre-mer sont les territoires les plus fragilisés de France. Ils dénoncent l’instabilité ministérielle, les coupes budgétaires de 2026 et l’absence totale d’Ultramarin au gouvernement. Pour eux, il ne s’agit pas de réclamer un privilège, mais de rappeler que l’égalité républicaine vaut pour tous les citoyens français, y compris ceux de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane, de Mayotte, de Polynésie ou de Nouvelle-Calédonie.
Au Congrès des maires, Lisnard sonne l’alerte : « Les Outre-mer sont précurseurs des crises françaises »
Cette indignation résonne fortement au Congrès des maires, où la première journée a été consacrée aux élus ultramarins. Pour David Lisnard, président de l’AMF, les Outre-mer vivent depuis des années, « de façon précurseur et exacerbée », les difficultés que la métropole commence seulement à affronter : vieillissement accéléré, immigration incontrôlée, insécurité endémique, montée du narcotrafic, explosion des prix… Pour le maire de Cannes, l’État doit enfin tirer les leçons du vécu ultramarin, véritable laboratoire de ce qui attend l’Hexagone si rien ne change.
L’insécurité et le narcotrafic sont au cœur des alertes. Depuis plusieurs années, les Antilles, la Guyane et Mayotte voient les réseaux criminels internationaux s’implanter, structurer leurs filières et transformer ports et aéroports en portes d’entrée vers l’Europe. Les communes, déjà fragilisées, tentent tant bien que mal de résister à des organisations de plus en plus jeunes, armées et violentes. Les règlements de comptes s’enchaînent, les homicides explosent, les habitants vivent dans la peur et les élus crient à l’abandon.
En finir avec les plans d’urgence et vraiment agir
Cette réalité, longtemps ignorée, s’impose désormais au sommet de l’État. Preuve en est la réunion de crise convoquée ce mardi matin à l’Élysée par Emmanuel Macron, entièrement consacrée au narcotrafic et présentée par le chef d’État comme une grande cause nationale. S’il demande que la stratégie française s’inspire de la lutte antiterroriste, promet la mise en place d’un parquet national anticriminalité et une coopération accrue avec les pays voisins d’Amérique latine et de la Caraïbe, encore faut-il que cette avalanche d’annonces dépasse le stade des éléments de langage.
Dans les Outre-mer, le scepticisme domine. Trop souvent, les plans d’urgence ont accouché de dispositifs temporaires sans véritable impact. En Martinique et en Guadeloupe, les homicides liés aux trafics se multiplient. En Guyane, la pression venue du Suriname et du Brésil est constante. À Mayotte, la criminalité organisée se superpose à la crise migratoire poussée par les Comores. Partout, les élus réclament une stratégie durable, dotée de moyens sérieux et adaptée au terrain.
La tribune des soixante-dix personnalités ultramarines et la journée introductive au 107e congrès des maires portent en réalité un même message : les Outre-mer sont l’avant-garde d’une France en pleine tourmente.