Le 2 août 1589, Henri de Navarre accède au trône sous le nom d’Henri IV, au lendemain de l’assassinat de son cousin Henri III. Héritier légitime selon la loi salique, il devient roi dans un royaume profondément divisé, où la guerre de religion fait rage depuis plus de deux décennies. Protestant dans un pays majoritairement catholique, il devra conquérir sa couronne les armes à la main, avant de réussir à imposer la paix et à restaurer l’unité du royaume.
Une conquête du pouvoir au milieu des guerres de religion
Lorsque Henri III meurt sous le couteau du moine fanatique Jacques Clément, Henri de Navarre devient roi de France de droit, mais non encore de fait. La Ligue catholique, qui tient Paris et une bonne partie du royaume, rejette l’idée qu’un protestant puisse porter la couronne. Pour Henri IV, commence alors une lutte implacable : il doit convaincre, rallier et surtout combattre.
Dès l’automne 1589, il remporte une victoire décisive contre les troupes de la Ligue à Arques, puis en mars 1590 à Ivry. C’est lors de cette bataille qu’il lance à ses troupes sa célèbre exhortation : « Ralliez-vous à mon panache blanc ! ». Malgré ces succès militaires, Paris lui résiste. Il assiège la ville mais ne parvient pas à l’emporter, faute de moyens et d’alliés assez puissants. Pendant plusieurs années, la guerre s’enlise. Henri IV mène campagne en Normandie, en Picardie, en Champagne, puis en Bretagne. Les renforts espagnols et l’hostilité persistante d’une grande partie du clergé rendent sa progression difficile.
Peu à peu pourtant, son image évolue. Il montre une capacité rare à ménager ses adversaires, à pardonner, à écouter. Il s’entoure aussi bien de protestants que de catholiques modérés. Mais c’est en 1593 qu’il franchit l’étape décisive : conscient qu’il ne pourra jamais régner en paix sans le soutien de la majorité catholique, il abjure le protestantisme à Saint-Denis. Le 27 février 1594, il est sacré roi à Chartres, et quelques semaines plus tard, Paris lui ouvre ses portes.
Rétablir la paix et reconstruire un royaume en ruine
Son abjuration change tout : les ralliements se multiplient. En 1595, même le pape reconnaît sa légitimité. L’année suivante, la Ligue catholique est définitivement réduite à l’obéissance. Seul le duc de Mercœur, en Bretagne, maintient encore une opposition. Henri IV finit par le convaincre de se soumettre en 1598, scellant l’union par le mariage de la fille du duc avec son propre fils illégitime. Cette même année, deux textes historiques sont signés : l’édit de Nantes, qui accorde aux protestants une liberté de culte limitée, et la paix de Vervins, qui met fin à la guerre contre l’Espagne.
Le roi peut alors se consacrer à la reconstruction d’un pays exsangue. L’économie est relancée, les routes et ponts réparés, l’agriculture encouragée. Le royaume retrouve peu à peu la prospérité. Grâce à son ministre Sully, Henri IV modernise les finances, apaise les conflits religieux et restaure l’autorité royale. Il se remarie en 1600 avec Marie de Médicis, assurant ainsi une descendance légitime. Le couple donne naissance à Louis, futur Louis XIII, dès l’année suivante.
Henri IV devient un roi populaire, surnommé le « bon roi Henri ». On le dit proche du peuple, jovial, accessible. Mais le 14 mai 1610, alors qu’il s’apprête à lancer une nouvelle campagne militaire contre les Espagnols, il est assassiné à Paris par Ravaillac, un fanatique catholique. Il laisse derrière lui une France enfin apaisée et un héritage durable. Sa légende, portée par l’image du roi soldat, du roi pacificateur, traversera les siècles.