L’Assemblée nationale a entamé mardi 6 mai l’examen d’un texte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, dans un climat de tension extrême. Si le premier article a été adopté à l’unanimité au Sénat, son vote à l’Assemblée a exposé de profondes fractures politiques, notamment autour du groupe La France insoumise (LFI), seul à s’y être opposé.
Le projet de loi, porté par les députés Pierre Henriet (Horizons) et Constance Le Grip (Renaissance), vise à inscrire la lutte contre le racisme et l’antisémitisme dans les missions de formation des établissements, avec des référents et un dispositif disciplinaire renforcé. Face à la hausse des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023, les rapporteurs ont insisté sur la nécessité d’agir vite. Mais les débats ont rapidement viré à l’affrontement politique. LFI a tenté d’ôter le mot « antisémitisme » du texte pour le remplacer par des termes plus généraux. Accusée d’ »invisibiliser » la haine des Juifs, la gauche radicale s’est vue rappelée à l’ordre par l’ensemble des autres groupes parlementaires.
Panot dénonce une instrumentalisation, Bergé riposte violemment
La tension est montée d’un cran quand la ministre Aurore Bergé a dénoncé la « stratégie électorale » de LFI et son « ambiguïté vis-à-vis de l’antisémitisme », s’appuyant sur une enquête selon laquelle 92 % des Français juifs jugeraient LFI responsable de sa recrudescence. Mathilde Panot, cheffe de file des Insoumis, a répliqué en accusant le gouvernement « d’instrumentaliser l’antisémitisme pour faire taire les voix pour la paix en Palestine ». La séance a été marquée par des insultes, des rappels au règlement, et des échanges d’une rare violence, entre accusations de « haine banalisée » et d’ »hypocrisie ».
L’article 3, qui sera examiné ce mercredi, cristallise de nouvelles oppositions. Il prévoit la création de sections disciplinaires régionales présidées par un magistrat administratif. Pour ses soutiens, cela permettrait de mieux sanctionner les actes antisémites. La gauche dénonce de son côté une atteinte à l’autonomie universitaire et aux libertés de manifestation. Derrière ce bras de fer idéologique, le débat sur l’antisémitisme révèle aussi une fracture entre les défenseurs d’une politique mémorielle ferme et ceux qui y voient un prétexte pour museler les critiques d’Israël.