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Installée en France, où elle jouit pleinement des libertés que d’autres paient au prix fort, Anissa Boumediene a choisi d’enfoncer Boualem Sansal plutôt que de le défendre. Invitée sur Africa Radio lundi 23 juin, l’ancienne Première dame d’Algérie a catégoriquement refusé de soutenir l’écrivain emprisonné depuis novembre dernier, âgé de 80 ans et atteint d’un cancer. « Pas du tout », a-t-elle sèchement répondu à la question de savoir si elle appelait à sa libération. Pas un mot de compassion, pas même une réserve face à la sévérité de la répression.

Pour justifier son refus, elle accuse l’auteur de 2084 d’avoir « dit que Tlemcen appartient aux Marocains », affirmant que ces propos « très graves » constitueraient une menace à l’unité du pays. Une ligne de défense douteuse, soutenue par une analogie bancale : « Imaginez que les Niçois aient préféré être avec les Italiens », lâche-t-elle, comme si évoquer l’Histoire ou exprimer une opinion devait désormais valoir une peine de dix ans de prison.

En prenant fait et cause pour les geôliers plutôt que pour un homme malade, coupable uniquement de penser librement, Anissa Boumediene donne un visage respectable à une injustice indéfendable. Boualem Sansal n’a ni incité à la haine ni porté atteinte à la paix civile : il a simplement parlé. En démocratie, cela ne mérite ni les barreaux ni le mépris.

Boualem Sansal est une conscience, pas un criminel. Il appartient à cette génération d’intellectuels algériens qui osent questionner les tabous et refusent le silence. Le livrer à la vindicte du pouvoir, avec la bénédiction glaciale d’une personnalité installée à l’abri en France, revient à faire triompher la peur sur la pensée, et l’intimidation sur la vérité.

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