Pendant que Paris discute, Mayotte suffoque. Ce jeudi, l’Insee lance sur l’île une opération inédite : un recensement exhaustif, maison par maison, bidonville par bidonville, afin d’établir enfin combien de personnes vivent réellement dans le 101e département français. Une démarche devenue inévitable après le cyclone Chido, qui a déplacé des milliers d’habitants, mais surtout après des années de minimisation du choc démographique et d’aveuglement politique.
Un recensement hors norme pour une situation hors norme
Pendant deux mois, 700 agents vont arpenter 65 000 habitations, y compris les cabanes en tôle et les quartiers informels que les autorités peinent à cartographier depuis des années. Pour garantir un comptage fiable, l’Insee renonce au recensement numérique et opte pour l’entretien en face-à-face, seule méthode capable d’atteindre tous les habitants, réguliers comme irréguliers.
L’objectif officiel est de trancher une controverse d’État. Certains élus locaux assurent que Mayotte compterait 450 000 à 500 000 habitants. L’Insee maintient une estimation bien plus basse, 321 000 personnes au 1er janvier 2024, chiffres appuyés par des indicateurs tangibles comme la consommation alimentaire ou le nombre de cartes SIM actives. Mais quel que soit le chiffre exact, une certitude demeure : Mayotte est au cœur d’un bouleversement démographique sans précédent.

Immigration et démographie explosive, sécurité en lambeaux
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Insee, 48 % de la population est étrangère. Parmi eux, principalement des Comoriens : un adulte sur trois est né à Anjouan, à 70 km des côtes mahoraises. Et sur l’immigration irrégulière, le constat est encore plus brutal : un étranger sur deux arrivé à Mayotte est en situation illégale, un taux qui grimpe à 74 % chez les 18-24 ans.
La natalité suit la même dynamique explosive. Avec 4,6 enfants par femme en 2021, Mayotte détient le record absolu de fécondité en France. La maternité de Mamoudzou est d’ailleurs la première d’Europe, enregistrant plus de 30 naissances par jour, soit 10 000 par an. De nombreuses Comoriennes traversent clandestinement le bras de mer en kwassa-kwassa pour y accoucher gratuitement. Résultat : un jeune Mahorais sur deux a une mère née à Anjouan.
À cette pression migratoire s’ajoute une pauvreté de masse : 77 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Et l’insécurité explose. L’Insee décrit une « délinquance hors norme », avec trois fois plus de vols violents qu’en métropole, quatre fois plus de cambriolages et un record français pour les coups et blessures volontaires. Depuis des années maintenant, alors que les gouvernements successifs promettent sans cesse la fermeté, Mayotte vit au rythme des émeutes, des barrages, des opérations Wuambushu avortées (décasage).

Un recensement pour mettre fin au déni politique
Dans ce contexte, connaître enfin la population réelle de l’île n’est pas un exercice technique : c’est une nécessité politique vitale. Les infrastructures, l’hôpital, l’école, la police, la justice, tout s’écroule sous la pression démographique. Sans chiffres fiables, l’État avance à l’aveugle. Ce recensement estimé à 2 millions d’euros doit donc permettre de remettre à plat les discours approximatifs et de rendre visible une réalité que beaucoup refusent de regarder en face.
Les premiers résultats seront connus à l’été 2026 et diront peut-être ce que les Mahorais répètent depuis vingt ans : Mayotte n’est plus simplement un département en difficulté, mais un territoire submergé par un afflux continu, structurel, massif, que les politiques publiques n’ont jamais été capables d’anticiper.