Par Jérôme Goulon.
Mis en ligne le 13 mai par Netflix, le documentaire Le bus, les Bleus en grève, qui revient sur le scandale de Knysna lors de la Coupe du monde 2010, ne cesse de faire parler de lui et rouvre l’une des plus grosses cicatrices du football français. L’un des éléments les plus polémiques de ce documentaire est évidemment la Une mensongère du journal L’Équipe, qui à l’époque avait affirmé que Nicolas Anelka avait dit à Raymond Domenech, dans le vestiaire : « Va te faire enculer, sale fils de pute ». Une Une qui pourrait bien venir d’un vieux contentieux entre Sébastien Tarrago, L’Équipe et Anelka, que nous avions révélé en 2001.
« Sale fils de pute », la couverture mensongère de L’Équipe
S’il y a bien eu une altercation entre les deux hommes, Nicolas Anelka n’a jamais traité Raymond Domenech de « sale fils de pute ». Tous les acteurs présents lors de cette altercation sont affirmatifs et unanimes à ce sujet. Cela n’a pas empêché L’Équipe de publier ce titre dévastateur sur sa couverture du 19 juin 2010, avec tous les dégâts collatéraux que cela a provoqué. Tout le monde connaît en effet la suite : renvoi de Nicolas Anelka de l’équipe de France, grève des Bleus à Knysna, image du foot français détruite, réputation de certains joueurs salie à jamais. Près de 20 ou 30 millions de Français restent en effet persuadés aujourd’hui que Nicolas Anelka a tenu ces propos…

L’Équipe étrangement épargné par le documentaire de Netflix, malgré son mensonge
Suite à la diffusion de Le bus, les Bleus en grève, qui apporte donc une nouvelle preuve du mensonge de L’Équipe, beaucoup d’observateurs se sont interrogés sur la très grande mansuétude dont avait fait preuve le documentaire envers L’Équipe, pourtant auteur d’une fake news aux conséquences catastrophiques. Ces mêmes observateurs s’étonnent que le quotidien sportif n’ai jamais fait de mea culpa ni présenté d’excuses. On attendait donc d’une vraie enquête qu’elle pousse les journalistes de L’Équipe dans leurs retranchements, en tentant de comprendre pourquoi et comment le journal a-t-il pu laisser passer ça. Il n’en a rien été. L’Équipe a sali, à jamais et à tort, la réputation d’un joueur, et c’est comme s’il ne s’était rien passé. Alors certes, le quotidien sportif a gagné son procès en diffamation contre Nicolas Anelka. Mais uniquement parce que la justice a considéré qu’il y avait bien eu une altercation, et que l’invention du « sale fils de pute » par L’Équipe ne changeait rien. Pourtant, un « ton équipe de merde » ne peut être mis au même niveau qu’un « sale fils de pute ». Nous ne sommes plus là dans l’exagération, mais l’invention pure et simple.
Le vieux conflit entre Nicolas Anelka, Sébastien Tarrago, révélé en 2001 par Entrevue, a forcément joué dans cette Une mensongère de L’Équipe
Face à cette grossière fake news de L’Équipe le 19 juin 2010, qui on le rappelle a eu une déflagration colossale sur la vie de plusieurs hommes, une question se pose forcément : qu’est-ce qui a poussé le quotidien a publier sa Une ?
Première hypothèse : une mauvaise source, une mauvaise information ? Cela peut arriver. Mais dans ce cas-là, on fait son mea culpa, on dément et on s’excuse. Ça n’a pas été le cas.
Deuxième hypothèse : la course au buzz ? C’est fort possible. Rappelons que l’altercation entre Nicolas Anelka et Raymond Domenech était connue de plusieurs rédactions, et commençait à fuiter. L’Équipe voulait son scoop, et a donc choisi de publier cette phrase sans l’avoir bien vérifiée. Après tout, dans la course à l’info, un dicton s’applique malheureusement trop souvent dans les rédactions : « Il vaut mieux être le premier à avoir tort que le deuxième à avoir raison. »
Troisième hypothèse, qui n’est pas incompatible avec la deuxième : le désir de vengeance, la rancœur. Et c’est la le cœur du sujet. Pour rappel, en 2001, alors que Nicolas Anelka jouait au PSG, il avait pendant un entraînement giflé Sébastien Tarrago. Les deux hommes se détestent. Une scène que nous avions filmée en exclusivité et publiée dans Entrevue, et qui explique l’hostilité entre le joueur et les journalistes de L’Équipe. Alors attention : nous ne sommes pas en train de dire que L’Équipe a volontairement inventé l’histoire de toutes pièces. En revanche, il est légitime de penser que ce très gros contentieux entre Nicolas Anelka et Sébastien Tarrago a forcément joué dans la diffusion de cette fake news. On le sait, dans le milieu, des journalistes sont proches de certains joueurs et les protègent, en gardant pour eux d’inavouables secrets. Les exemples sont nombreux. L’inverse est également vrai : des journalistes ont aussi leurs têtes de Turc. Et dans le cas de Nicolas Anelka, l’occasion était trop belle. Il n’est donc pas interdit de penser que si un autre joueur avait été concerné, l’information aurait été mieux vérifiée, et la fake news n’aurait jamais vu le jour…




La défense bancale de Sébastien Tarrago
Suite aux révélations d’Entrevue sur la gifle que Nicolas Anelka a mise à Sébastien Tarrago en 2001, beaucoup se sont demandés si ce conflit entre les deux hommes n’était pas à l’origine la Une de L’Équipe « Va te faire enculer, sale fils de pute », en guise de venegance.
En réponse, Sébastien Tarrago tente de se dédouaner en affirmant qu’il n’a pas écrit l’article sur Nicolas Anelka et que ce n’est pas lui qui a décidé de la couverture de L’Équipe. Pourtant, en 2010, les deux journalistes de L’Équipe qui ont révélé l’altercation entre Anelka et Domenech, Damien Degorre et Raphaël Raymond, étaient sous la responsabilité de Sébastien Tarrago, qui a validé leur article. Sébastien Tarrago a même écrit sur x en 2020 : « J’ai toujours eu confiance en ceux qui étaient sous ma responsabilité à l’époque. »
Pire, dans une vidéo prise par l’AFP le 19 juin 2010 à Knysna, jour de la sortie dans L’Équipe de la Une mensongère, Sébastien Tarrago, qui dit aujourd’hui ne pas avoir écrit l’article, enfonce Anelka et affirmant que l’info est vraie : « C’est des gens qui ont appris ça par des gens témoins de la scène. Après, on ne va pas nous dire quelles sont nos sources. Mais voilà, c’est avéré, personne ne dit le contraire. (…) C’était une onde de choc. Évidemment, il fallait le mettre en avant. Après, on peut parler de la vulgarité des propos. La vulgarité, c’est pas nous, c’est celle de Nicolas Anelka. Nous, on relate ce qui se passe, on relate la vérité. (…) Évidemment qu’on réfléchit à tout, on n’est pas complètement stupides. On essaye de peser le poids des mots. »
Une vidéo accablante qui prouve que Sébastien Tarrago, même s’il n’a pas écrit l’article, a totalement validé et cautionner son contenu à l’époque… Dès lors, la même question revient encore et encore : sans son contentieux avec Nicolas Anelka, Sébastien Tarrago aurait-il davantage vérifié les propos attribués à Anelka ? La réponse semble évidente. Sébastien Tarrago et L’Équipe ont eu l’occasion de « se faire » Anelka, avec qui ils étaient en guerre depuis des années, et se sont jetés dessus sans vérifier leurs sources. Au vu de ces éléments, il nous paraît impossible aujourd’hui d’ignorer ou de minimiser le rôle de cette brouille dans le mensonge de L’Équipe du 19 juin 2010…

Stephen Kamga, coproducteur du documentaire Netflix, botte en touche
Dans l’After Foot du 14 mai sur RMC, le co-producteur du documentaire Stephen Kamga a été interrogé par Daniel Riolo sur le rôle qu’a pu avoir le passé entre Nicolas Anelka et Sébastien Tarrago. Stephen Kamga a botté en touche, répondant : « C’est quelque chose sur lequel on a beaucoup enquêté, pour savoir s’il y avait un parallèle entre cette altercation entre ce journaliste et Nicolas Anelka, et pour nous, ce n’était absolument pas au cœur du sujet. Tarrago n’y est en rien dans la publication de cette Une. » Des propos qui dédouanent Sébastien Tarrago et L’Équipe, alors que l’hypothèse du règlement de compte ne peut être balayée ainsi d’un revers de main.
En octobre 2024, la production du documentaire de Netflix avait contacté Entrevue afin d’avoir des images de l’altercation entre Sébastien Tarrago et Nicolas Anelka. Des images que nous leur avons fournies. Stephen Kamga et ses équipes ont choisi de ne pas les utiliser et d’ignorer totalement le rôle de ladite altercation sur la Une de L’Équipe. C’est leur choix, et nous le respectons. Ont-ils vraiment considéré que cette brouille n’avait pas eu d’impact ? Ont-ils voulu préserver Sébastien Tarrago, qu’ils ont eu du mal à avoir pour leur documentaire ? On ne sait pas…
Ce qui est certain en revanche, c’est que contrairement à ce que dit Stephen Kamga, Sébastien Tarrago n’y est pas du tout « pour rien » dans la publication de la Une de L’Équipe : en effet, s’il avait été plus contentieux en vérifiant les informations des deux journalistes sous sa responsabilité, le « Va te faire enculer, sale fils de pute » n’aurait jamais existé, et la Une non plus… Mais Tarrago avait-il vraiment envie de faire du zèle pour dédouaner Nicolas Anelka ? Rien n’est moins sûr… Le scandale de cette Une mensongère de L’Équipe, et les terribles conséquences que cela a entraîné, aurait-il existé sans la fameuse gifle de de Nicolas Anelka à Sébastien Tarrago en 2001. Chacun se fera son opinion…
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1 commentaire
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Merci pour cet article.
Malheureusement le mal est fait à jamais pour Nicolas Anelka et l’Edf.
Et les journalistes de l’équipe se pavanent toujours..