Le 5 mai 1992, le Sporting Club de Bastia doit recevoir l’Olympique de Marseille en demi-finale de la Coupe de France. La rencontre est prévue au stade Armand-Cesari, à Furiani, près de Bastia. L’affiche attire une très forte demande de billets : Bastia joue une qualification historique, Marseille est alors l’un des plus gros clubs du football français.
Pour accueillir davantage de spectateurs, une tribune provisoire est installée dans le stade. C’est là partie haute de cette structure, édifiée pour le match, qui va s’effondrer avant le coup d’envoi.
20h23 : la tribune provisoire s’effondre avant le coup d’envoi
Le match ne commencera jamais. À 20h23, quelques minutes avant le coup d’envoi prévu, la partie supérieure de la tribune provisoire s’effondre. Des spectateurs, journalistes et membres de l’organisation sont précipités dans la chute de la structure.
Le bilan retenu par la FFF est de 18 morts et 2 357 blessés. Le ministère chargé des Sports mentionne lui le chiffre de 19 morts et plus de 2 300 blessés.
Une Coupe de France 1991-1992 sans finale et sans vainqueur
La demi-finale Bastia-Marseille est annulée. La finale de la Coupe de France 1991-1992 n’est pas disputée. Le trophée n’est pas attribué cette année-là. Cette édition de la Coupe de France restera sans vainqueur.
Des amendes et des peines de prison pour les responsables
Après l’effondrement, l’enquête judiciaire porte sur la construction de la tribune, les contrôles réalisés, les autorisations, les responsabilités des organisateurs et le rôle des autorités compétentes.
Le jugement de première instance est rendu par le tribunal correctionnel de Bastia en 1995. Plusieurs personnes liées à la construction de la tribune, à l’organisation du match, au contrôle technique, à la Ligue corse de football, à la FFF et aux services de l’État sont jugées.
Jean-Marie Boimond, directeur de la société Sud-Tribune et constructeur des gradins, est condamné en première instance à deux ans de prison et 30 000 francs d’amende pour homicides et blessures involontaires. C’est la peine maximale alors prévue pour ce type d’infraction. Il ne fait pas appel de sa condamnation.
Michel Lorenzi, ancien vice-président du Sporting Club de Bastia, est condamné en première instance à deux ans de prison et 30 000 francs d’amende pour faux et usage de faux. En appel, sa peine est ramenée à 10 mois de prison avec sursis et 15 000 francs d’amende. La cour d’appel retient non plus la participation à un faux procès-verbal complet, mais une fausse attestation et son usage.
Étienne Galéazzi, secrétaire général de la Ligue corse de football, et Ange Paolacci, directeur administratif de la Ligue corse, sont condamnés en première instance à 18 mois de prison et 30 000 francs d’amende pour homicides et blessures involontaires. Ils sont aussi condamnés pour faux et usage de faux, les peines étant confondues. En appel, leur peine est fixée à 20 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende.
Yves Bartolini, vice-président de la Ligue corse de football, est condamné en première instance à un an de prison et 30 000 francs d’amende pour faux et usage de faux. En appel, il est condamné à 10 mois de prison avec sursis et 15 000 francs d’amende, comme Michel Lorenzi, pour fausse attestation et usage.
Bernard Rossi, ingénieur de la Socotec, société chargée du contrôle technique, est condamné en première instance à 18 mois de prison et 30 000 francs d’amende pour homicides et blessures involontaires. En appel, sa peine est ramenée à 20 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende. La cour retient notamment qu’il devait alerter sur la nécessité d’un contrôle complet de la tribune, même s’il soutenait que sa mission portait seulement sur la résistance du sol.
Luc Pilard, ancien président de la commission centrale de la Coupe de France, et Michel Cagnion, ancien directeur général de la Fédération française de football, sont condamnés en première instance à 18 mois de prison avec sursis. En appel, leur peine est portée à 20 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour homicides et blessures involontaires. La justice leur reproche de ne pas avoir exercé pleinement leurs pouvoirs de contrôle alors que le stade avait été substantiellement modifié par l’ajout d’une tribune provisoire.
Raymond Le Deun, directeur de cabinet du préfet de Haute-Corse et président de la commission départementale de sécurité, est d’abord relaxé en première instance. En appel, il est condamné à 20 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour homicides et blessures involontaires. La cour estime qu’en tant que président de la commission de sécurité, il devait vérifier la régularité des opérations, notamment l’existence d’une autorisation d’aménagement, d’un rapport attestant la stabilité de la tribune et d’un arrêté autorisant l’ouverture au public.
La Cour de cassation rejette les pourvois de plusieurs condamnés
La Cour de cassation rend sa décision le 24 juin 1997. Elle rejette les pourvois de plusieurs condamnés, notamment ceux de Bernard Rossi, Luc Pilard, Michel Cagnion, Raymond Le Deun et Michel Lorenzi. L’action publique concernant Michel Cagnion est cependant déclarée éteinte, car il est décédé le 20 septembre 1996 ; la Cour reste seulement compétente sur les intérêts civils. La cassation ne remet pas en cause l’essentiel des condamnations pénales prononcées par la cour d’appel de Bastia.
Une catastrophe qui entraîne un renforcement de la sécurité des enceintes sportives
Après Furiani, la réglementation française sur les enceintes sportives est renforcée. La loi du 13 juillet 1992 complète la loi de 1984 relative à l’organisation et à la promotion des activités physiques et sportives en créant un cadre spécifique pour la sécurité des équipements et des manifestations sportives. M
La procédure d’homologation des enceintes sportives concerne notamment les équipements de plein air pouvant accueillir au moins 3 000 spectateurs assis et les équipements couverts pouvant accueillir au moins 500 spectateurs assis. Elle s’applique aux enceintes destinées à recevoir des manifestations ouvertes au public.
Cette homologation prend en compte la solidité des installations, la sécurité des personnes, les conditions d’évacuation, les risques de panique, les risques d’incendie et les moyens d’intervention des secours. Les tribunes fixes comme les tribunes provisoires entrent dans le champ des contrôles lorsque la capacité et l’usage de l’enceinte le justifient.
2015 : Furiani reconnu comme un drame national du football français
En 2015, le ministère des Sports annonce un hommage annuel et national aux victimes de Furiani. Cette reconnaissance prévoit notamment une commémoration annuelle. Elle s’inscrit dans une demande portée depuis des années par les victimes, leurs familles et le collectif qui les représente.
2021 : la loi interdit les matchs professionnels le 5 mai
La loi n° 2021-1360 du 20 octobre 2021 inscrit dans le Code du sport un article L334-1 consacré à l’hommage aux victimes de Furiani. Depuis son entrée en vigueur, aucune rencontre ou manifestation sportive organisée dans le cadre ou en marge de la Ligue 1, de la Ligue 2, de la Coupe de France et du Trophée des champions ne peut être jouée le 5 mai.
L’article L334-1 prévoit également une minute de silence lors des rencontres ou manifestations entre clubs amateurs et professionnels organisées par la FFF, hors compétitions professionnelles visées par l’interdiction. Il prévoit enfin que, tous les 5 mai, les joueurs et les arbitres des matchs officiels amateurs portent un brassard noir.