C’était un 21 août : La France découvre la corrida
C’était un 21 août : La France découvre la corrida

Le 21 août 1853, Bayonne accueille la première corrida « à l’espagnole » jamais organisée en France. L’événement, installé dans une arène en bois de 3 500 places dressée place de la Course, est placé sous le patronage de l’impératrice Eugénie de Montijo, épouse espagnole de Napoléon III, passionnée par cette tradition de son pays natal. Le spectacle attire un public nombreux, parmi lequel des écrivains comme Théophile Gautier, et lance dans le sud de la France une pratique qui allait profondément marquer la culture festive de certaines régions.

Des jeux taurins médiévaux à la corrida moderne

Si la corrida « à l’espagnole » fait son entrée officielle en 1853, Bayonne connaissait déjà depuis des siècles des jeux taurins. Un texte de 1289 mentionne les habitants courant derrière vaches, bœufs et taureaux dans les rues pour les mener à l’abattoir. Dès le XVIIe siècle, des courses sont organisées lors des passages royaux, comme en 1701 pour l’accueil de Philippe V, petit-fils de Louis XIV. Ces courses populaires, malgré les interdictions, jalonnent la vie de la cité basque jusqu’au XIXe siècle. Mais la date du 21 août 1853 marque un tournant : pour la première fois, l’art tauromachique espagnol, codifié au XVIIIe siècle et reposant sur la mise à mort du taureau, est officiellement importé en France. Le maestro sévillan Francisco Arjona « Cúchares », alors au sommet de sa gloire, est la vedette de cette corrida inaugurale.

Un art célébré et une tradition contestée

Très vite, la tauromachie gagne en popularité dans le Sud-Ouest et en Provence, accompagnant l’essor des férias et du chemin de fer qui facilite les déplacements du public. Pour les aficionados, la corrida dépasse le simple combat : elle est perçue comme une œuvre éphémère où le torero, par son courage et son art, dialogue avec l’animal pour créer une forme de beauté dramatique. Mais dès ses débuts, cette tradition rencontre aussi ses opposants. Les défenseurs de la cause animale dénoncent une barbarie, une souffrance infligée pour le plaisir du spectacle. Aujourd’hui encore, le débat reste vif en France comme en Espagne, partagé entre ceux qui voient dans la corrida un patrimoine culturel et ceux qui y voient une pratique cruelle appelée à disparaître.

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