Depuis janvier, un chiffre glaçant secoue la Direction générale des finances publiques : douze suicides et huit tentatives parmi ses agents, un triste record que même l’année noire de 2012 n’avait pas atteint. Ce mardi 8 juillet, Le Monde révèle l’ampleur du drame qui frappe l’administration fiscale française, confrontée à une série noire sans précédent. Une réunion d’urgence est programmée mercredi pour tenter de comprendre si ces morts sont liées, directement ou non, aux conditions de travail. Tout commence le 10 janvier à Saint-Denis, quand un jeune inspecteur, âgé de moins de 30 ans, est retrouvé pendu dans le hall d’entrée du centre des finances publiques. Ses parents, eux aussi agents de la DGFiP, sont plongés dans la stupeur, comme toute la profession. Ce suicide, le premier d’une longue liste, est le symbole d’un malaise plus profond. À ce jour, la direction reconnaît vingt cas en six mois, bien au-delà des moyennes observées les années précédentes.
Un climat de pression et de désorganisation
La direction générale des finances publiques, fusionnée en 2008, a depuis vu ses effectifs fondre : 32 000 postes supprimés, pour atteindre 93 800 agents fin 2024. Et les 575 nouvelles suppressions prévues en 2025 n’arrangent rien. La charge de travail reste intacte, voire croît, avec des objectifs toujours plus contraints. Dans ce contexte, les syndicats dénoncent une logique d’étouffement. « On a tendu l’élastique jusqu’à ce qu’il claque », déplore Olivier Brunelle (FO), évoquant une « administration qui finance toutes les autres mais qu’on affaiblit sans relâche ». Les résultats du dernier sondage interne, réalisé en février, sont sans appel : 60 % des agents estiment que la DGFiP ne va pas dans le bon sens, contre 30 % en moyenne dans le reste de la fonction publique. Un agent sur trois déclare subir un niveau de stress très élevé.
Vers une reconnaissance plus systématique du facteur professionnel
Si toutes les causes ne sont pas liées au travail – maladies, séparations, fragilités personnelles –, les syndicats réclament une approche plus rigoureuse. Jusqu’ici, seules trois imputabilités au service ont été officiellement reconnues en treize ans. La directrice Amélie Verdier annonce désormais qu’une enquête sera systématiquement proposée après chaque suicide, quel que soit le lieu où il se produit. Une mesure saluée, mais jugée tardive. Un plan de prévention doit être lancé dès septembre, incluant la généralisation des formations aux premiers secours en santé mentale. Mais face à ce que certains décrivent comme « une machine à broyer », l’inquiétude persiste. Car derrière les chiffres, ce sont des visages, des collègues, des fonctionnaires à bout de souffle qui disparaissent.