Le 17 septembre s’ouvre à Metz un procès hors norme, celui de Tristan Sprunck, ancien caporal-chef du 16e bataillon de chasseurs à pied de Bitche (Moselle). Âgé de 23 ans au moment des faits, il a reconnu avoir tué froidement son camarade de chambrée, le première classe Sulyvan Flora, le 30 juin 2022. L’affaire, qui met en lumière une obsession maladive pour l’autorité et la discipline, illustre aussi les failles d’un encadrement militaire qui n’a pas su désamorcer une situation explosive. L’accusé n’a jamais nié. Au contraire, il s’est dénoncé lui-même quelques minutes après avoir abattu sa victime de plusieurs balles, confirmant aux gendarmes que son geste était « volontaire ». Sprunck, marqué par des crises d’épilepsie l’empêchant de partir en mission extérieure, vivait dans la frustration de ne pouvoir prouver sa valeur militaire. Son obsession pour le respect de la hiérarchie et son mépris affiché pour ce qu’il appelait la « fainéantise » de Flora l’ont conduit à planifier un meurtre qu’il avait annoncé la veille à un camarade.
Une mise en scène de la violence
Le matin du drame, Sprunck s’est présenté à l’armurerie avec un couteau dissimulé dans son treillis. Après avoir verrouillé les accès pour étouffer les cris, il a roué son camarade de coups avant de s’emparer d’un pistolet Glock, brisant la vitre de sécurité, et de tirer deux balles, dont une en pleine tête. Quelques jours plus tôt, il accusait déjà Flora d’avoir incendié sa voiture, un affront qu’il affirmait ne pas pouvoir laisser impuni. Au procès, les juges n’auront guère à établir la culpabilité, tant les faits sont documentés. Le débat portera plutôt sur la personnalité d’un accusé dont les écrits en détention continuent de surprendre. Depuis sa cellule, placé à l’isolement, Sprunck dénonce le « laxisme » de l’administration pénitentiaire, se compare à Samuel Paty ou au maire de Saint-Brévin, et affirme vouloir « réinstaurer l’ordre » en prison. Des propos qui renforcent l’image d’un homme enfermé dans une logique de combat et de défi permanent. Face à cette affaire où l’obsession du règlement militaire s’est muée en tragédie, les jurés devront trancher sur la peine à infliger à un jeune soldat qui rêvait d’héroïsme mais dont la quête d’autorité s’est transformée en meurtre prémédité. Le verdict est attendu le 19 septembre.