Un procès historique a reconnu trois anciens cadres d’Ubisoft coupables de harcèlement moral ou sexuel. Mais l’affaire se poursuit : une audience est prévue en octobre pour entendre la direction du groupe, longtemps restée hors du cadre judiciaire.
Un verdict accablant pour les anciens cadres
Le 2 juillet, le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné trois ex-responsables d’Ubisoft pour des faits survenus entre 2012 et 2020. Thomas François, ancien vice-président du service éditorial, a été reconnu coupable de harcèlement moral, sexuel et tentative d’agression sexuelle. Il écope de trois ans de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende. Serge Hascoët, autre figure majeure du studio, a été condamné à 18 mois avec sursis et 45 000 euros d’amende. Guillaume Patrux, lui, a été jugé pour harcèlement moral et condamné à 12 mois avec sursis, assortis de 10 000 euros d’amende.
Le procès a mis en lumière des pratiques internes dénoncées depuis plusieurs années : propos sexistes banalisés, gestes déplacés, et bizutages humiliants. Plusieurs victimes ont décrit une atmosphère de travail délétère, nourrie par l’impunité d’une poignée de cadres. Certaines ont évoqué des brimades publiques, comme obliger une salariée à faire le poirier en jupe au milieu de l’open space.
Yves Guillemot convoqué à comparaître le 1er octobre
Si le procès de juillet s’est concentré sur trois individus, la responsabilité de la direction n’est pas écartée pour autant. Selon une information exclusive du Parisien, Yves Guillemot, PDG et cofondateur d’Ubisoft, est convoqué par la justice le 1er octobre, tout comme la responsable RH Marie Derain et l’entreprise Ubisoft elle-même. Cette audience de consignation pourrait ouvrir la voie à un procès sur leur rôle présumé dans la tolérance d’un système de harcèlement institutionnalisé.
L’avocate du syndicat Solidaires Informatique, Me Maude Beckers, citée par Le Parisien, estime que le PDG « avait le pouvoir de recadrer ses collaborateurs » et que son inaction aurait contribué à faire perdurer ces comportements. Elle pointe une « complicité » de la direction, accusée d’avoir laissé ces pratiques se développer sans intervenir, malgré les signaux d’alerte.
L’affaire illustre, pour les parties civiles, l’ampleur d’un problème qu’elles jugent systémique. Le syndicat réclame que la justice examine désormais les responsabilités collectives, au-delà des actes individuels. Ubisoft, pour sa part, affirme maintenir une politique de « tolérance zéro » et se dit prête à coopérer avec la justice.