Salles de shoot : l’État sommé de sortir de sa torpeur
Salles de shoot : l’État sommé de sortir de sa torpeur

Depuis bientôt neuf ans, la France expérimente les haltes soins addictions (HSA), ces lieux où les usagers de drogue peuvent consommer dans des conditions encadrées et médicalisées. Et depuis neuf ans, l’État temporise, tergiverse, freine. À Paris et Strasbourg, deux structures pionnières continuent de fonctionner — non sans résultats. Mais à Marseille, un projet validé par les autorités sanitaires a été brutalement enterré début 2024, pour raisons purement politiques. L’exécutif assume ce virage sécuritaire. Les acteurs de terrain, eux, dénoncent une déconnexion crasse avec la réalité du terrain.

Deux recours pour réveiller les pouvoirs publics

Médecins du Monde, lassée d’attendre un sursaut qui ne vient pas, dégaine aujourd’hui l’arme judiciaire. Ce lundi, l’ONG a saisi la justice administrative avec deux requêtes explosives. La première attaque l’abandon du projet marseillais, stoppé net sur décision de la secrétaire d’État chargée de la Ville, Sabrina Agresti-Roubache. La seconde vise plus large : elle entend contraindre l’État à inscrire les HSA dans le droit commun, avant la fin de leur phase d’expérimentation, prévue pour 2025. Le message est clair : plus question de jouer la montre. Ces structures, bien que qualifiées de « salles de shoot » par leurs détracteurs, ont déjà démontré leur efficacité. Moins d’overdoses, moins de contaminations, davantage de suivi médical et social. Les riverains eux-mêmes, souvent réticents au départ, finissent par reconnaître leur utilité.

Un refus idéologique qui coûte cher

Pourtant, le gouvernement reste frileux. La réduction des risques semble désormais reléguée derrière les impératifs d’ordre public. À Marseille, le projet d’HSA avait pourtant reçu l’aval de l’ARS et de l’AP-HM. Mais cela n’a pas pesé bien lourd face à une volonté politique de tout annuler, affichée presque avec fierté. Pour Médecins du Monde et ses partenaires, cette posture relève plus de l’idéologie que de la santé publique. Et le prix à payer se compte en vies humaines. Les rapports favorables s’accumulent. Les associations, de Médecins du Monde à AIDES en passant par la Fédération Addiction, rappellent que ces lieux ne sont pas des repaires d’illégalité, mais des remparts contre l’exclusion et les drames sanitaires. Dans l’indifférence quasi générale, des professionnels sauvent des vies. L’État, lui, reste aux abonnés absents. Si la justice donne raison aux requérants, le gouvernement n’aura plus d’échappatoire. Faute d’anticipation, il pourrait bien se voir dicter, par les tribunaux, une politique de santé publique qu’il refuse d’assumer.

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