La justice russe a condamné lundi à douze ans de prison Sergeï Torop, plus connu sous le nom de Vissarion, un ancien policier de la circulation qui s’était autoproclamé « nouveau Christ » dans les années 1990. À la tête d’une communauté spirituelle installée dans une région isolée de Sibérie, il a été reconnu coupable d’avoir porté préjudice à ses fidèles, a annoncé le tribunal chargé de l’affaire.
Vissarion, aujourd’hui âgé de 63 ans, avait attiré des milliers de disciples dans le village d’Obitel Rassveta, au sud-est de Krasnoïarsk, où il dirigeait depuis trois décennies une secte apocalyptique fondée sur un mélange de christianisme, d’écologie radicale et de croyances personnelles. Le parquet russe l’accusait d’avoir exploité psychologiquement et financièrement ses adeptes, profitant de son autorité spirituelle autoproclamée.
Les enquêteurs ont décrit un système de contrôle étroit, dans lequel les fidèles devaient renoncer à leurs biens, suivre des règles de vie extrêmement strictes et verser régulièrement des contributions financières. Certains anciens membres ont témoigné de pressions psychologiques, d’isolement social et de conditions de vie difficiles dans cette région sibérienne reculée. Le tribunal a jugé que Vissarion avait causé un « préjudice durable à la santé mentale et physique » de plusieurs de ses adeptes.
La condamnation de Vissarion intervient après plusieurs années d’enquête et d’opérations policières. Il avait été arrêté en 2020, lors d’un spectaculaire raid héliporté des forces spéciales russes sur sa communauté. Deux de ses proches collaborateurs ont également été condamnés dans le cadre de la même affaire.
Ce procès très médiatisé relance en Russie le débat sur la prolifération de mouvements sectaires et sur la régulation des organisations religieuses non reconnues. Les autorités affirment vouloir protéger les citoyens de dérives spirituelles potentiellement dangereuses, mais certains observateurs soulignent également un durcissement général à l’encontre des religions alternatives et des communautés non orthodoxes.
Malgré sa condamnation, Vissarion conserve un noyau fidèle de partisans, certains continuant de le considérer comme un être divin et dénonçant une répression politique. Pour les autorités russes, toutefois, ce verdict marque la fin d’un épisode controversé mêlant spiritualité extrême, manipulation et isolement dans les confins glacés de la Sibérie.