La suspension soudaine des aides alimentaires fédérales dans le cadre du programme SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program) a provoqué, samedi, de longues files d’attente dans tout le pays. Des milliers d’Américains se sont rendus dans les banques alimentaires et les distributions gratuites de repas, confrontés à l’arrêt de leurs allocations à cause du blocage du gouvernement fédéral.
Dans le Bronx, à New York, des centaines de personnes ont attendu dès l’aube devant la World of Life Christian Fellowship International, certaines arrivant à 4 heures du matin, emmitouflées dans des manteaux et poussant des chariots pliables. Fruits, légumes, pain, lait, jus, produits secs et sandwichs étaient distribués dans un calme mêlé d’inquiétude. « Si je n’avais pas cette aide, je ne sais pas comment je m’en sortirais », confie Mary Martin, bénévole mais aussi bénéficiaire du programme.
Une aide suspendue dans l’incertitude judiciaire
Le département de l’Agriculture avait prévu de suspendre les versements samedi, avant que deux juges fédéraux n’ordonnent à l’administration Trump de les maintenir. Mais la question du calendrier des paiements reste floue, car les cartes électroniques des bénéficiaires n’ont toujours pas été rechargées. Le juge John J. McConnell, à Rhode Island, a exigé que le gouvernement explique d’ici lundi comment il compte financer les comptes SNAP, sous peine d’action judiciaire.
Ce retard, dans un programme qui aide près de 42 millions de personnes, met en lumière la précarité croissante des foyers américains. « La banque alimentaire n’est plus réservée aux pauvres. Elle est pour tout le monde », explique le révérend John Udo-Okon, qui a vu affluer des familles de toutes conditions sociales.
La pauvreté s’étend à travers les États-Unis
À Austell, en Géorgie, près d’un millier de familles ont fait la queue en voiture pour recevoir des sacs de denrées distribués par Must Ministries. Beaucoup s’inquiètent de ne pas percevoir leurs aides à temps pour Thanksgiving. À Louisville, dans le Kentucky, le pasteur Samuel L. Whitlow observe la même tendance : soixante personnes de plus que d’habitude se sont présentées à son centre cette semaine.
« Si vous n’avez jamais été pauvre, vous ne savez pas ce que c’est que d’être pauvre », soupire James Jackson, 74 ans, venu chercher des produits de première nécessité.
Dans le Connecticut, à Norwich, la soupe populaire Saint-Vincent-de-Paul a mobilisé des volontaires supplémentaires pour accueillir les nouveaux venus. Outre les repas, elle distribue désormais nourriture pour animaux, produits d’hygiène et soins de santé de base. « Beaucoup arrivent honteux. On essaie juste de leur rendre leur dignité », explique la directrice Jill Corbin.
L’Amérique découvre une nouvelle fois que, sans la sécurité alimentaire publique, c’est la solidarité locale qui devient la seule planche de salut.