Lyon : un policier jugé pour violences contre un adolescent lors des émeutes de 2020
Lyon : un policier jugé pour violences contre un adolescent lors des émeutes de 2020

Cinq ans après les faits, le tribunal correctionnel de Lyon se penche sur une affaire devenue emblématique des critiques visant la gestion des violences policières. Un policier, jugé par citation directe, est accusé d’avoir grièvement blessé un adolescent de 14 ans à Villeurbanne le 19 décembre 2020, en pleine flambée d’émeutes après l’accident d’un jeune pilote de scooter.

Deux versions irréconciliables

Le plaignant, aujourd’hui âgé de 18 ans, décrit toujours la même scène : saisi par les épaules, pivoté de force puis frappé au visage par un coup violent avec une bombe lacrymogène, qui aurait explosé sous l’impact. Transporté en garde à vue la bouche ensanglantée et plusieurs dents brisées, il assure n’avoir jamais pris part aux affrontements. Le policier, lui, affirme que le garçon jetait des projectiles. Selon son récit et celui de deux collègues, la bombe se serait déclenchée accidentellement contre le dos de l’adolescent, qui serait ensuite tombé face contre terre. L’agent, athlétique quadragénaire, dit n’avoir gardé aucun souvenir marquant de cette interpellation et dénonce « l’acharnement » qui le conduit devant la justice après un premier classement sans suite.

Des carences dans l’enquête pointées par la défense du plaignant

Les avocats du jeune homme dénoncent un « geste inadmissible » contre « un enfant de 1,62 mètre et 57 kilos », et mettent en avant les conclusions du médecin légiste, jugées compatibles avec son récit. Ils critiquent surtout une enquête initiale qualifiée de bâclée : absence d’audition des policiers mis en cause, disparition inexpliquée de la bonbonne de gaz, classement rapide du dossier. Une enquêtrice de la cellule de discipline et déontologie de la police départementale a reconnu à la barre les moyens dérisoires de son service, chargé alors de soixante-dix dossiers par an pour toute la région lyonnaise. Les avocats, soutenus par l’ONG Flagrant déni, rappellent aussi qu’une caméra de surveillance surplombait la scène, mais que ses images n’ont jamais été exploitées. La mère de l’adolescent, choquée en découvrant le visage tuméfié de son fils à sa sortie de garde à vue, avait porté plainte dès décembre 2020. Mais l’instruction initiale s’était surtout attachée à poursuivre le jeune pour « incitation à la rébellion armée », après la diffusion de son visage ensanglanté sur les réseaux sociaux. Le jugement est attendu le 7 octobre, au terme d’un procès qui met autant en cause un policier que l’efficacité et l’indépendance du système chargé d’évaluer les violences policières.

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