Livreurs à bout de souffle, Deliveroo et Uber visés par une plainte pour « traite d'êtres humains »
Livreurs à bout de souffle, Deliveroo et Uber visés par une plainte pour « traite d'êtres humains »

Mercredi 22 avril, quatre associations d’entraide aux livreurs ont saisi le parquet de Paris contre Deliveroo et Uber, allant jusqu’à parler de « traite d’êtres humains ». Le mot claque, volontairement. Derrière, une accusation plus classique mais redoutable pour les plateformes, celle d’un modèle économique qui tiendrait par la fragilité d’une main-d’oeuvre souvent isolée, pressée d’accepter une course, puis une autre, puis une autre.

Selon l’avocat des associations, Me Thibault Laforcade, certains coursiers enchaînent jusqu’à 60 heures par semaine, « dans des conditions dangereuses », pour des rémunérations « largement inférieures au Smic horaire ». Le tableau est celui d’un travail sans filet, avec peu de protection sociale et une tension permanente, la peur de voir son accès au compte coupé. Pour beaucoup, ce compte n’est pas un simple identifiant, c’est la caisse du soir, le loyer du mois, parfois la seule porte vers un revenu.

Le compte, cette laisse numérique

Au coeur du dossier, il y a aussi l’algorithme, ce chef invisible qui distribue les courses, rythme la journée et, selon les plaignants, intensifie le travail. Les associations décrivent une population majoritairement étrangère, parfois sans papiers ou avec des titres de séjour courts, un terrain propice à l’acceptation de tarifs jugés trop bas. À la maison des coursiers de Paris (10e), la coordinatrice Circé Liénart assure que les plateformes jouent de cette vulnérabilité, tout en rappelant un point sensible: pas de « régularisation par le travail » quand on reste officiellement indépendant.

La procédure ne s’arrête pas au pénal. Me Thibault Laforcade annonce aussi une action devant la justice civile, sous la forme d’une action de groupe pour discrimination, présentée comme inédite, avec l’objectif d’obtenir une indemnisation individuelle des livreurs pour les préjudices subis. Sur le papier, cela ouvre une autre bataille, moins symbolique peut-être, mais potentiellement coûteuse si la justice donne raison aux plaignants.

Ce nouvel épisode s’ajoute à une longue série de contentieux autour des plateformes, entre débats sur le statut d’indépendant et enquêtes pour soupçons d’exploitation. Pour Deliveroo et Uber, l’équation reste la même, préserver la flexibilité qui fait leur succès sans laisser s’installer l’image d’un travail à la chaîne version smartphone. Reste à voir si la justice considérera que l’économie de la course rapide a franchi une ligne, et si le modèle devra, enfin, apprendre à ralentir.

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