Insultes homophobes, menaces de mort, allusions antisémites… Pour avoir pris Thomas Jolly pour cible après la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, sept personnes sont jugées pour cyberharcèlement aggravé. Le verdict est attendu ce lundi 5 mai au tribunal correctionnel, où les prévenus – six hommes et une femme, âgés de 22 à 79 ans – risquent jusqu’à huit mois de prison avec sursis. Leur tort : s’être crus tout permis derrière un écran, au nom d’un prétendu scandale artistique. Ce que les procureurs traduisent plus simplement : « menaces de mort réitérées, injures aggravées en raison de l’orientation sexuelle ou de l’appartenance religieuse supposée ». En cause, un tableau de la cérémonie intitulé Festivité, interprété par une frange réactionnaire comme une parodie blasphématoire de la Cène de Léonard de Vinci. Le tout parce qu’y figuraient des drag-queens, des artistes queer, et une vision inclusive du sacré.
L’indignation transformée en haine en ligne
Thomas Jolly, directeur artistique de ces cérémonies, a porté plainte à l’été 2024. Et pour cause : il reçoit alors un flot continu de messages d’une rare violence, souvent motivés par l’homophobie ou l’antisémitisme. Une avalanche numérique née d’un imaginaire apocalyptique entretenu par des figures d’extrême droite qui dénoncent une “décadence civilisationnelle”. À l’audience, les prévenus n’avaient rien de militants organisés. Plutôt des Français « lambda », comme l’ont décrit leurs avocats : retraités, chômeurs, artisans, tous happés par la dynamique toxique des réseaux sociaux. « Ils ont réagi à chaud », plaide une défense, « sans réaliser la portée de leurs mots ». Pour la procureure, cette banalisation est justement le problème : ces mots, aujourd’hui, arment des agresseurs. Le parquet a demandé des peines de trois à huit mois de prison avec sursis, assorties de stages de citoyenneté et de suspensions de comptes pour certains. Le message est clair : la haine en ligne, surtout lorsqu’elle vise un artiste en raison de ce qu’il est et de ce qu’il représente, ne peut rester sans réponse judiciaire. Verdict dans la journée.