« Je pleure la nuit » : le cri d’une mère de Gaza au bord de la famine
« Je pleure la nuit » : le cri d’une mère de Gaza au bord de la famine

Mervat Hijazi, mère de neuf enfants, vit dans une tente au milieu des ruines de la ville de Gaza. Son quotidien est devenu une lutte désespérée pour survivre, alors que la faim, la peur et le deuil rythment la vie de sa famille. Depuis la mort de son mari en novembre dernier, tué en allant chercher de la nourriture, elle tente seule de subvenir aux besoins de ses enfants. Mais jeudi encore, ils n’ont rien mangé, sauf son bébé de 11 mois, qui a pu avaler un peu de pâte d’arachide fournie par une clinique.

Hijazi raconte avec honte et douleur les nuits à consoler ses enfants affamés. « J’ai tellement honte de ne pas pouvoir nourrir mes enfants », confie-t-elle. Zaha, six ans, se réveille chaque nuit à cause des bombardements, puis se rappelle qu’elle a faim. Sa mère lui promet un repas le lendemain, consciente qu’elle ment pour l’apaiser.

Leur semaine s’est résumée à quelques maigres portions de lentilles ou de riz distribuées par des cuisines communautaires, souvent prises d’assaut. Un seul repas par jour partagé à onze reste leur meilleure journée. Les autres se passent à boire de l’eau pour tromper la faim. Lama, le bébé, est sévèrement sous-alimentée. Hijazi n’a plus assez de lait pour l’allaiter.

Cette détresse illustre la crise humanitaire aiguë qui ravage Gaza. Un demi-million de personnes y seraient menacées par la famine. Israël a annoncé cette semaine une reprise partielle de l’entrée de denrées alimentaires, tout en mettant en place un nouveau système logistique contesté par l’ONU, accusé d’aggraver les déplacements de population.

La tente des Hijazi est devenue leur abri permanent depuis qu’ils ont fui leur quartier de Sabra après la mort du père. À Gaza, où la faim épuise les corps, Menna, 14 ans, se bat chaque jour pour ramener de quoi nourrir ses frères et sœurs. Mustafa et Ali, 15 et 13 ans, parcourent les rues pour rapporter de l’eau. Tous se souviennent avec nostalgie de leur vie d’avant-guerre, faite de repas copieux et de sécurité.

« Nous sommes des civils. Nous n’avons pas notre mot à dire dans cette guerre », déplore Hijazi. « Tout ce que nous voulons, c’est qu’elle cesse. Nous voulons dormir rassasiés, sans craindre de mourir pendant notre sommeil. »

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