« J’ai cru halluciner » : des dizaines de femmes filmées à leur insu dans des piscines
« J’ai cru halluciner » : des dizaines de femmes filmées à leur insu dans des piscines

Depuis le témoignage d’une journaliste filmée sans son consentement dans une piscine, la parole se libère : des dizaines de femmes racontent les violences sexistes et sexuelles subies en allant nager. Il n’a suffi que d’un trou, minuscule, à peine plus large qu’une cigarette. Laurène Daycard, journaliste, ne comprend pas tout de suite ce qu’elle voit ce soir d’avril, dans les vestiaires de la piscine Georges-Hermant, dans le 19ᵉ arrondissement de Paris. Mais ce qu’elle finit par distinguer glace le sang : une lentille de smartphone braquée sur elle, dissimulée derrière un trou soigneusement découpé dans un sac à dos. Elle hurle. Saisit le sac. Alerte le personnel. Le suspect est rapidement interpellé. L’homme ne cherche même pas à nier : il reconnaît filmer des femmes à leur insu – et des « très jeunes filles ».

Depuis, la piscine devient l’épicentre d’un malaise

Son témoignage, publié sur Instagram, a dépassé les 200 000 vues. Il a déclenché une vague d’aveux et de révélations. Une étudiante de 23 ans a confirmé avoir été confrontée au même prédateur, un mois plus tôt, avec le même modus operandi. Elle confesse avoir d’abord cru à un excès de paranoïa : « Maintenant, j’en suis sûre. Je pense que la plupart des femmes n’ont même pas conscience d’avoir été victimes. » Ce qui s’est produit à Georges-Hermant n’est pas un cas isolé. Ailleurs aussi, les témoignages affluent. Dans les Hauts-de-Seine, en janvier 2025, la fille de Karine, âgée de 12 ans, a été filmée avec une amie pendant qu’elles se changeaient. L’agresseur, relâché après son interpellation, habite à proximité : « Elles ont vu son visage. Elles ont très peur de le croiser. Et nous, on a peur qu’il se venge. »

Une mécanique d’impunité banalisée

À Georges-Hermant, la direction a enregistré au moins 17 signalements similaires. Certains voyeurs utilisent des miroirs, d’autres vont jusqu’à percer les parois avec des perceuses silencieuses. « On m’a expliqué que cela arrivait souvent, qu’un dossier existait », note Laurène Daycard dans sa plainte. Elle ajoute : « La plupart de ces agresseurs n’ont pas été identifiés. » Le profil des agresseurs déjoue tous les clichés : adolescents, octogénaires, usagers lambda, mais aussi personnels de maintenance ou de sécurité. Cette diversité rappelle l’affaire Dominique Pelicot, révélée après une scène de voyeurisme dans un supermarché. Elle a mis au jour un réseau de 50 hommes issus de tous horizons – pompiers, journalistes, cadres – ayant commis des violences sexuelles sous couvert de banalité. Et comme souvent, les explications des auteurs ajoutent à l’indignité. L’agresseur de la fille de Karine aurait justifié ses actes par des frustrations conjugales. Une manière d’excuser l’inexcusable, au mépris du traumatisme infligé à leurs victimes.

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